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日志


2月29日

Les rêves

Depuis 2 nuits que je n'avais pas fait ce genre de rêves ; des rêves de poursuites où je m'enfuis pour mieux me cacher car je suis en danger de mort. Lorsque je suis entrée à l'hôpital, la première nuit il me fallait trouver des solutions à des problèmes de plus en plus complexes et j'y parvins jusqu'au dernier problème que je n'eu pas le temps de résoudre et alors je dus m'enfuir sur une autoroute. Depuis, et même cette nuit, je fuis la mort qui me rattrape la plupart du temps. Dans ces rêves sont apparus mon frère, des amies d'enfance, et aussi un petit être que je cachais pour le sauver (ce ne serait pas forcément mon fils, car il va très bien, mais une autre partie de moi, d'après mon psychologue).
Lorsque j'ai quitté mon ex voici 2 ans et demie, je ne pesais plus que 43 kg, nageant presque dans mes vêtements en taille 36. J'ai fui aussi pour que mon ex voit qu'il ait un fils dont il ne savait même pas quel nom il portait (nous n'étions pas mariés, aussi pensait-il que j'avais accolé mon nom au sien). L'année dernière je pesais 47kg lorsque je suis entrée pour la seconde fois à l'hôpital, 55 en sortant. Ce fut de loin mon meilleur séjour.
Je ne remets pas en cause "ma fuite", seulement mon ex me harcèlant toujours, et moi étant vulnérable, je ne me sens pas à l'abri de la mort, malgré tout l'amour que me porte Ti Clown, un amour tel que je n'en n'ai jamais reçu jusqu'ici ! Mon cher Ti Clown...je t'aime tellement, toi le si fort, toi qui est revenu de si loin...jamais je ne te rendrai la monnaie de la pièce que tu m'as offert en me sauvant la vie ; j'essaie pourtant ; or mes démons sont si puissants....
2月28日

De retour parmi vous

Me voici de retour parmi vous, sortie "définitivement" de l'hôpital. J'ai mis les guillemets car allant en créscendo dans ma violence contre moi, je ne sais jamais vraiment si c'est un au revoir ou un adieu. Il s'agissait tout de même de mon troisième séjour. Guillemets d'autant plus important que je n'ai pas été du tout comprise par le psychiâtre qui m'a suivie, contrairement à l'an passé où j'en avais un autre. Celui ci  veut que je reprenne mon travail dès lundi, me dit au 3/4 guérie alors que je suis toujours suicidaire... Eh oui, il m'arrive de penser que je regrette d'avoir râté mon suicide. Mon psychologue m'a demandée si je voulais vraiment en finir il y a 15 jours, j'ai répondu qu'il n'y avait que ça qui comptait, et qu'à cet instant là, le raz le bol était si intense que le souvenir des bons moments n'était pas là pour m'aider à me retenir : la pulsion me submergeait. 15jours auparavant, je m'étais coupé la main droite à force de l'utiliser à casser des morceaux de verres telle un marteau pour la faire saigner et en faire une toile, comme j'en révais depuis un certain temps ; et je l'ai fait, dans un moment de colère. Il existe des signes précurseurs et c'est là que m'aide le souvenir des temps heureux, l'espoir. J'ai résisté durant 2 mois. Mais la fatigue fut trop importante et la méchanceté et la lacheté de mon ex trop prégnantes. Alors seule comptait la mort, seule solution, seule soulagement, seule évidence. Je n'avais pas peur de mourir, bien au contraire. Seuls ceux qui ne sont pas passé par là ne peuvent pas comprendre. C'est pourquoi le séjour à l'hôpital fait du bien dans le sens où l'on rencontre des gens qui nous comprennent, j'évoque par eux les autres patients. Eux ne nous jugent pas, comme je me suis sentie jugée et pas du tout écoutée par ce psy "je sais tout". La prochaine fois, dans 1 mois, dans 1 an, entre temps ou beaucoup plus tard, je prendrai des médocs ET je me saignerai, un jour où je serai seule ; ce sera plus sûr. J'ai déjà beaucoup vécu, beaucoup donné de moi-même, allée au bout de moi-même ; beaucoup aimé, donné, reçu. J'ai aimé ma vie car j'ai été sincère envers moi-même, je ne regrette rien. Voilà pourquoi sans doute je continue de rire, de blaguer, d'entrenir mes amitiés et mes amours. Puisqu'il faut bien vivre en attendant, autant le faire intensément. Nous avons toujours des problèmes de frics, normal après 1 an et demi à vivre au dessus de nos moyens le temps d'avoir notre logement HLM. Devoir payer 700 euros de loyers faute de mieux, ça met un budget en l'air pendant un bon moment. On relève la tête mais plus longuement que prévu. Alors nous songeons très fortement à partir travailler en Belgique où nous serons mieux payer, pour nous redresser financièrement et nous installer dignement. Nous sommes tellement pauvres que nous n'avons même pas pu profiter des soldes, alors que nous avons besoin d'un micro-onde pour limiter notre consommation d'électricité ainsi que de chaussures (je n'ai plus qu'une seule paire de godasses pour aller bosser, et encore elles sont à peine présentable tant elles sont abîmées) et Ti Clown porte des vêtements troués. Heureusement, les gens jettent n'importe quoi, aussi nous parvenons à nous meubler gratos. Mais nous sommes heureux quand même, bien au chaud dans notre nouveau foyer bien douillet. Si je n'étais pas malade psychiquement, je dirais que tout va bien. Or, je crois que je suis bien "atteinte de la tête" et que la lutte sera dure, comme depuis mes 18 ans. A la séance de peinture hier matin, j'ai vu un sublime portrait au pastel, j'ai demandé s'il avait été créee par l'arthérapeute mais on m'a dit que toutes les productions accrochées aux murs provenaient de patients... je me suis sentie moins seule dans ma folie, j'ai une âme soeur quelque part là-bas. Du coup ça m'a ouvert encore une porte à mon art. On peut être fou mais produire quelque chose d'unique, trompeur, car le portrait respirait la sérénité et  même une certaine joie de vivre tant il était coloré ; si fait que j'ai fait de même et que mon dernier travail dans cet atelier m'est précieux. Ce que je garde de mon séjour est également les rencontres, satisfaisantes ou non, mais jamais indifférentes. J'ai vu une personne évoluer, dingue ! Je me suis prise d'amitié avec quelques personnes et j'en reverrai une de manière certaine. Certaines infirmières cependant se sont forgées une carapace, je les comprends, pourtant c'est dommage. D'autres sont restées intactes car elles sont vraiment à leur place dans ce lieu si particulier et je leur rend hommage : il faut de la patience et de la douceur pour s'occuper de dépressifs, ce n'est guère évident. Je parle d'infirmières mais je devrais citer également des aides soignantes et surtout 2 ASH particulièrement formidables. Néanmoins je garderai un souvenir mitigé de ce séjour qui fut à mon avis mal utilisé et avorté. Je n'en sors pas du tout guérie au 3/4 ! J'en sors surtout avec l'envie de ne pas en revenir alors qu'au fond de moi-même il s'agit d'un refuge : comme je le disais à une psy, ce n'est pas pour rien si l'on demande d'y séjourner ! Car c'est un lieu extrèment calme, d'un calme trompeur car tout y grouille à l'extrème : la vie, la mort, la révolte, la résignation, tout en excès ; le rire, les larmes, les cris, le repliement sur soit, la peur et l'angoisse, le réconfort, l'espoir parfois, rarement, lors des activités qui nous vident tant elles nous font du bien, comme au théâtre où je me suis donnée à fond, comme si c'était la dernière fois et surtout le seul lieu où l'on peut se permettre d'exprimer des sentiments forts.
 
Au fait, une info: nous avons été filmé pour une prochaine émission "la santé avant tout" sur France 5 à 14h, qui passera le 17 juin. Nous sommes tous floutés, mais vous verrez à quoi ressemble notre lieu de misère, si beau dans ses couleurs pastels....
2月16日

les Rita Mitsouko

Ben voui, Titi  Henri est mort; mais moi je pense à Fred et surtout à Catherine. Les Rita, je les ai vu un 21 juin sur un parking de Carrefour dans une banlieue de Tours, eh ben je peux vous dire qu'ils se sont donnés à fond autant que s'ils étaient à l'Olympia : du coeur à donner, pas un air de supériorité malgré leur  notoriété.Y'avaient p"être une trentaine de jeunes pêquenaux, ils nous ont donnés leur pêche ce soir là. Merci encore les Artistes !
 
Le petit train
 
Le petit train
S'en va dans la campagne
Va et vient
Poursuit son chemin
Serpentin
De bois et de feraille
Rouille et vert de gris
Sous la pluie

Il est beau
Quand le soleil l'enflamme
Au couchant
à travers champs

Les chapeaux
Des paysannes
Ondulent sous le vent
Elles rient
Parfois jusqu'aux larmes
En rêvant à leurs amants

L'avoine est déjà germée
As-tu rentré le blé?
Cette année les vaches ont fait
Des hectolitres de lait

Petit train
Où t'en vas-tu?
Train de la mort
Mais que fais-tu?
Le referas-tu encore?

Personne ne sait ce qui s'y fait
Personne ne croit
Il faut qu'il voie
Mais moi je suis quand même là

Le petit train
Dans la campagne
Et les enfants?
Les petit train
Dans la montagne
Les grands-parents
Petit train
Conduis-les aux flammes
à travers champs

Le petit train
S'en va dans la campagne
Va et vient
Poursuit son chemin
Serpentin de bois, de feraille
Marron et gris
Sous la pluie

Reverra-t-on
Une autre fois
Passer des trains
Comme autre fois?
C'est pas moi qui répondra

Personne ne sait
Ce qui s'y fait
Personne en croit
Il faut qu'il voit
Mais moi je suis quand même là

Petit train
Où t'en vas-tu?
Train de la mort
Mais que fais-tu?
Le referas-tu encore?

Reverra-t-on une autre fois
Passer des trains comme celui-là?
C'est pas moi qui répondra

 
  

T.S

Naaaaaaan, c'est pas "Tsssss....."! C'est Tentative de Suicide... Ben vi, une de plus, sauf que j'ai du faire un coma ensuite car entre le moment où je me suis "endormie" en écoutant Dire Straits en fumant clopes sur clopes après avoir avalé plusieurs tablettes de médocs et celui où je me suis réveillée dans une chambre d'hôpital, c'est le trou noir. J'vous raconterai pas pourquoi j'en suis arrivée là car ce serait trop long, ça couvait depuis Décembre et y'a plusieurs raisons pour en arriver à cette extrémité. Surtout que là, je voulais vraiment en finir, donc j'avais pris mes doses. Seulement ce fut impulsif et je n'étais pas seule ; de plus, pour pas agoisser le temps que je me sente partir, j'écoutais donc de la musique et j'avais besoin de fumer ; or on ne fume pas dans notre chambre sinon je serai allée me coucher et je ne serai plus de ce monde pour vous raconter cette histoire aujourd'hui. Dommage...peut etre oui, ou non, je ne sais pas encore, je suis en "perm" pour quelques heures, j'ai fait 2 urgences, suis actuellement chez Beaudelaire, mon refuge à Montesson depuis lundi soir et encore un peu ...paumée, pour ne pas dire perturbée (qui est plutôt mon état habituel). J'ignore encore si je continuerai à me faire soigner : c'est qu'on s'emmerde dur chez Beaudelaire ! Mais en meme temps, dès la 2ème semaine, nous sommes inscrits dans diverses activités qui nous font avancer. Hier par exemple, grâce à un desistement, j'ai pu participé à une séance de Yoga. Aaaaaaaah.... 1h de yoga = 1 cachet de lexomyl......Bon sang d'bon soir....hummm.... j'ai revu ma copie de :"M'sieur le psychiâtre : je veux partiiiiiiiiiiiiiir !". En plus, c'était la première fois que j'acceptais de participer à une séance de groupe lors de laquelle bien evidemment je n'entends pas le quart des instructions. Mais je m'en foutais à vrai dire, j'étais en plein j'm'en foutisme: je venais d'un entretien pas sympa avec le M'sieur psy qui m'avait remonter les bretelles ("eh Mademoiselle, il faudrait savoir ce que vous voulez, faudrait p'être prendre le temps de travailler sur votre manière de penser : oui puis non puis oui. Ensuite : les arrets de travail = trou de la sécu.." Merde, encore un trou du'c qui a tout avalé du nain fasciste!") ; puis à midi : poisson !! Là je me suis levée dégoutée devant tout le monde pour aller me coucher. Meeeeeeeerde ! faut pas pousser !!!
Donc, après le yoga-lexomyl, je me suis dis : ma belle, t'as réèllement pas besoin de ta prothèses auditive, utilise tes 5 années d'apprentissage de la lecture labiale....ce que je fis toute l'après midi. Je lis très bien sur les lèvres ; en même temps, y'a pas grand chose à lire tant le groupe est groggy... J'ai repris la lecture d'un bouquin de Marc Lévy : "Et si c'était vrai" où je m'étais arrétée sur l'accident de voiture et le décés de l'héroïne. J'avais pris le livre lundi, je l'ai arretée à cet endroit : trop envie de chialer, pas de bol comme choix tout de même ! Pour m'apercevoir qu'en fait il s'agit là d'une histoire super drôle, à l'écriture conventionnelle mais entrainante, aux personnages sympathiques et émouvants. J'ai failli raté un beau truc. J'avais déjà mis un terme avant l'heure à "Transit-Express" d'Yves Simon, trop saôulant...Original certes, bien écrit, mais trop...pas assez...enfin bref : dans ma situation actuelle de paumée, j'ai besoin de repère. L'écriture de M.Lévy est tout ce qu'il y a de plus terre à terre.On sait ce que font les personnage : se déshabillent avant de prendre une douche (ah bon ? pas moi...)...bon, heureusement le sujet sauve l'histoire. A demain Arthur et Lauren ! En plus y'a la suite : "Vous revoir", waaaaaaaouh .... Je n'avais pas lu depuis la fin de mon hospitalisation l'an dernier. Y'a qu'à Beaudelaire que j'ai le temps de lire, car le temps, chez Beaudelaire, c'est de l'éternité.
 
Enfin bon, qu'est-ce qui s'est-t'y donc passé entre le moment on j'écoutions de Dire Straits et mon réveil dans une chambre très éclairée où je commençais à me demander "mais qu'est ce que c'est que c't'endroit ? Qu'est-ce...." et l'arrivée de mon amie Sylvie qui telle une maman vient embrasser son petit après une opération : les joues arrondies par le sourire ouvert  jusqu'aux oreilles, les yeux en ^^, suivie de JJ. Je me soulève, me réfuge dans leurs bras, disant d'un air interloqué : "mais qu'est-ce que vous faites là ?". Ils ont sauté le pas avec moi?.... Sylvie qui dit : ben ....tu te souviens de rien ? Moi : non, le trou noir....on est où là? alors Sylvie se tourne vers JJ et lui dit d'une voix basse (mais j'avais ma prothèse, l'ont oublié les "autres") : "eh ben on est intervenus à temps...". Bon, je comprends que je suis toujours en vie et le regrette déjà... Alors JJ me raconte comment il a vu que j'étais "déconnectée" lorsque je cherchais le cendrier (alors que je me souviens l'avoir bien installé devant moi entre les touches de mon ordi de façon à ce qu'il soit accessible sans que je le cherche, sachant que j'écoutais ma musique les yeux fermés, comme toujours), ils m'ont allongée, il parait que j'avais les yeux ouverts, que je leur répondais (à quelles questions?) et que j'ai même pris Sylvie dans mes bras. Quand les pompiers sont arrivés, ils m'ont assise, j'ai toujours soit disant consciente, mais consciente comment? Allo Doctissimo? et que ce n'est qu'ensuite aux urgences que je me suis endormie après la mise en place d'une intraveineuse.
 
C'était quoi ? C'est quoi ? Une amnésie post-traumatique ? Je vais faire mes recherches sur le site Doc...j'aime pas oublier.
2月3日

T.E.LAWRENCE

A 17 ans j'avais compris l'héritage que nous a laissé Lawrence et dont les amerlocs n'ont pas tenu compte, trop sûrs d'eux. Lawrence était un génie militaire et littéraire. C'était un génie tout court, qui parlait 7 langues et plusieurs langues tribales. Je  vous laisse lire. Cliquez sur "blog" car le second texte est légèrement coupé sur la droite. En vous mettant sur blog, vous pourrez le lire sans problème. Merci.

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TE Lawrence avait vu juste à propos de l'Irak

Par Robert Fisk
The Independent, le 14 juillet 2007

article original : "Robert Fisk: TE Lawrence had it right about Iraq"

"Pour mener une rébellion, 2% agissants et 98% sympathisants passifs suffisent"
Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d'Arabie


En 1929, Lawrence d'Arabie écrivait la définition de "guérilla" pour la 14ème édition de l'Encyclopaedia Britannica. C'est une lecture effrayante - et j'en profite pour remercier l'un de mes lecteurs préférés, Peter Metcalfe de Stevenage, de m'avoir envoyé ce morceau choisi de TE - parce qu'il contient un message vraiment épouvantable pour les troupes américaines en Irak.

Ecrivant sur la résistance arabe à l'occupation turque dans la guerre de 14-18, [Lawrence d'Arabie] pose une question sur les insurgés (en Irak et ailleurs) : "… supposez qu'ils soient une influence, une chose invulnérable, intangible, sans avant et sans arrière, se répandant comme du gaz ? Les armées étaient comme des plantes, immobiles dans leur ensemble, bien enracinées, nourries à travers de longues tiges jusqu'à la tête. Les Arabes pourraient être un fluide…"

Comme il est typique de Lawrence d'utiliser l'horreur de la guerre chimique comme métaphore de l'insurrection ! Pour contrôler la terre qu'ils occupaient, poursuivait-il, les Turcs "auraient eu besoin d'un poste fortifié tous les trois km² ; et, un poste ne pouvait pas compter moins de 20 hommes. Les Turcs auraient eu besoin de 600.000 hommes pour répondre aux rancunes combinées de tous les Arabes locaux. Ils disposaient de 100.000 hommes."

A présent, à qui cela vous fait-il penser ? Le "poste fortifié tous les trois km²" est l'écho fantomatique de la "déferlante" [surge] absurde de George W. Bush. Les Américains ont besoin de 600.000 hommes pour répondre aux rancunes combinées des Irakiens et ils n'en disposent que de 150.000. Donald Rumsfeld, l'architecte de la "guerre allégée" est responsable de cela. Pourtant, ces chacals s'en tirent encore !

Haut les mains à ces lecteurs qui savent que le Ministre canadien de la Défense, Gordon O'Connor, a vraiment envoyé une lettre à Rumsfeld deux jours avant son départ en disgrâce du Pentagone, louant le leadership de cet homme peu recommandable ! Oui, O'Connor voulait "saisir cette occasion pour vous féliciter de vos nombreux succès (sic) en tant que Secrétaire à la Défense et pour reconnaître la contribution importante que vous avez apportée à la lutte contre le terrorisme." Le monde, s'est extasié O'Connor-le-ridicule, avait bénéficié du "leadership" de Rumsfeld "pour aborder les questions complexes en jeu."

O'Connor a tenté d'ignorer cette note obséquieuse, acquise par l'intermédiaire de la Loi Canadienne d'Accès à l'Information, en prétendant qu'il voulait seulement remercier Rumsfeld pour l'usage des installations médicales en Allemagne dans le rapatriement d'Afghanistan des soldats canadiens blessés. Mais il n'en a fait aucune mention dans sa lettre grotesque. O'Connor, semble-t-il, n'est qu'un autre des illusionnistes de ce monde qui croient qu'ils peuvent ignorer les faits - et louer les imbéciles - en déclarant l'opposé de la vérité. Bush, bien sûr, fait partie des pires de ces créatures factices. Ainsi que l'ex, Tony Blair.

Ah ! Que Lawrence nous manque ! "La presse écrite est la meilleure arme dans l'armurerie du commandant moderne (de guérilla)," écrivait-il 78 ans plus tôt, prédisant avec exactitude l'utilisation d'internet par al-Qaïda à l'ère moderne. Pour les insurgés, "les batailles étaient des erreurs … Napoléon parlait en réaction de colère contre la finesse excessive du 18ème siècle, lorsque les hommes avaient presque oublié que la guerre donnait le permis d'assassiner".

Vrai ! La révolte arabe de la Première Guerre Mondiale n'était pas identique à l'insurrection irakienne d'aujourd'hui. En 1917, les Turcs avaient les forces mais pas assez d'armes. Aujourd'hui, les Américains ont les armes mais pas assez d'hommes. Mais écoutez encore Lawrence !

"La rébellion doit avoir une base imprenable …

"Dans l'esprit des hommes convertis à cette croyance. Elle doit avoir un ennemi étranger sophistiqué, sous la forme d'une armée d'occupation disciplinée, trop petite pour satisfaire la doctrine de superficie : trop peu nombreuse pour ajuster les effectifs à l'espace, afin de dominer toute la zone avec efficacité à partir de postes fortifiés.

"Elle doit avoir une population sympathisante, pas sympathisante active, mais sympathisante au point de ne pas trahir à l'ennemi les mouvements rebelles. Les rebellions peuvent être menée par 2% agissants dans une force d'attaque, et 98% sympathisants passifs … Accédant à la mobilité, la sécurité … le temps et la doctrine …la victoire appartiendra aux insurgés, parce qu'à la fin, les facteurs algébriques sont décisifs, et contre eux, les perfections de moyens et de l'esprit luttent plutôt en vain."

Le Général étasunien David Petraeus a-t-il lu ceci ? Et Bush ? Est-ce qu'aucun chroniqueur américain, dont le biais anti-Arabe oscille vers le racisme, n'a pris la peine d'étudier cette sagesse ? Je me souviens comment Daniel Pipes - l'un des grands illusionnistes du journalisme américain moderne - a annoncé en été 2003 que ce dont les Irakiens avaient besoin (ne rigolez pas, SVP !) était d'un "homme fort à l'esprit démocratique".

Evidemment, ils en avaient déjà un : notre vieux pote Saddam Hussein, dont nous disions vraiment qu'il était un "homme fort" lorsqu'il était notre ami et qu'il s'activait à utiliser nos gaz contre l'Iran. Et je me demande vraiment si Bush - vaincu comme il l'est en Irak - pourrait ne pas bientôt autoriser un coup d'état militaire pour renverser le gouvernement ridicule de la "Zone Verte" de Maliki, à Bagdad. Bon ! Ainsi que je le dis souvent : nous verrons !

Mais attendez ! Pipes recommence ! Le Directeur du "Middle East Forum" a écrit sur la "Palestine" dans le National Post du Canada. Son papier est plein de son fiel habituel. L'anarchie palestinienne a "vomi" des seigneurs de guerre. Arafat était un personnage "diabolique". Le retrait israélien de Gaza a privé les Palestiniens du seul "élément stabilisateur" de la région. Pff ! Le "Palestinianism" (quelle que soit sa signification) est "superficiel". La "victimisation" palestinienne est un "mythe suprême de la politique moderne". Gaza est à présent une "tête de pont [islamiste] au cœur du Proche-Orient à partir de laquelle infiltrer l'Egypte, Israël et la Cisjordanie".

Un jour ou l'autre, Pipes conclut : "peut-être que le savant idiot aux 'unités centrales de paix' remarquera la traînée de désastre que son ouvrage a laissé derrière lui". Pipes fait remarquer - et approuve - que "Ehoud Barak, le tout nouveau ministre de la défense d'Israël, prévoirait d'attaquer le Hamas dans les semaines à venir" et il condamne le Premier ministre, Ehoud Olmert, pour stimuler Le Fatah corrompu et séparatiste de Mahmoud Abbas".

Donc, nous allons encore avoir une autre guerre au Proche-Orient, cette fois-ci contre le Hamas - démocratiquement élu, bien sûr, mais seulement comme conséquence de ce que Pipes appelle "la précipitation irréfléchie de l'administration Bush pour des élections palestiniennes" ? Il est bon de voir que l'ex, Tony Blair, est déjà affublé du titre de "savant". Mais Pipes ne devrait-il pas lui aussi lire Lawrence ? Parce que l'insurrection est un "fluide" plus puissant que celui qui sort de la bouche des illusionnistes.

Traduit de l'anglais par [|JFG/QuestionsCritiques]

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Thomas Edward Lawrence et les principes l’insurrection

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31 juillet 2005Lawrence d'Arabie et son chameauA

u-delà du mythe, Lawrence d'Arabie reste l'un des officiers les plus influents dans le développement d'une doctrine insurrectionnelle au siècle dernier. Et ses réflexions restent pertinentes.

En 1946, le général français Raoul Salan a mené plusieurs entretiens avec Vo Nguyen Giap, le général vietnamien qui a planifié et conduit les opérations militaires contre les Français jusqu’à leur défaite à Dien Bien Phu. Salan faisait partie d’une mission de négociation créée pour finaliser le retour de l’autorité française au Vietnam. Plus tard, il commandera le Corps expéditionnaire français au Vietnam du 20 mai 1951 jusqu’à mai 1953, et il a conduit la dernière action militaire réussie contre Ho Chi Minh : une offensive nommée opération Lorraine, le 11 octobre 1952, dans laquelle les forces de Salan ont balayé la vallée de la Rivière Rouge et les jungles du Nord-Vietnam. L’année suivante, il remettra son commandement au général Henri-Eugène Navarre, qui présidera au désastre de Dien Bien Phu.
«... Lawrence combinait la sagesse, l'intégrité, l'humanité, le courage et la discipline avec l'empathie, soit l'aptitude s'identifier émotionnellement aussi bien avec les subordonnés qu'avec les supérieurs. »

Pendant ces entretiens de 1946, Salan a été frappé par l’influence d’un homme sur la pensée de Giap ; cet homme était Thomas Edward Lawrence. Giap a dit à Salan que « les Sept Piliers de la Sagesse de T. E. Lawrence est mon évangile du combat. Il ne me quitte jamais. » L’essence de la théorie de la guérilla à laquelle se réfère Giap peut être trouvée à deux endroits. Le premier et le plus accessible n’est autre que les nombreuses éditions des Sept Piliers de la Sagesse, notamment le chapitre 33. Le deuxième est un article portant le titre « The Evolution of a Revolt », publié en octobre 1920 dans le Army Quarterly and Defence Journal. Tous deux sont basés sur l’évaluation pratique et réfléchie par Lawrence de la situation à laquelle faisaient face les forces arabes dans la région du Hedjaz, au sein du désert saoudien, en mars 1917.

Algébrique, biologique et psychologique



Jusqu’à cette époque, Lawrence avait passé plus d’une année aux côtés des bédouins arabes contre les Turcs. Il avait tiré de cette expérience deux théorèmes de la guérilla qui forment une base théorique et un point de départ pour le reste de ses idées liées à la conduite d’une insurrection. Lawrence affirmait en premier que des troupes irrégulières sont incapables de défendre une position contre des forces conventionnelle, et qu’elles sont également incapables d’attaquer efficacement une position fortement défendue. Si ces théorèmes sont corrects, se demandait Lawrence, quelle valeur peuvent donc avoir ses forces irrégulières ? Cela devint la question de base qu’il chercha en premier à éclairer.

En se tournant sur lui-même, Lawrence comprit qu’à l’instar de tout autre officier éduqué dans la pensée et les traditions militaires occidentales, son attitude envers la guerre était dominée par le dogme de l’anéantissement : une obsession selon laquelle « le principe de la guerre moderne consiste à rechercher l’armée ennemie, le centre de sa puissance, et la détruire au combat. » Mais il apparut à Lawrence que malgré l’absence de toute bataille d’anéantissement, les Arabes étaient en train de gagner la guerre : « alors que j’y réfléchissais, j’ai compris que nous avions gagné la guerre du Hedjaz. Nous occupions 99% du territoire. Les Turcs étaient les bienvenus dans le reste. […] Ils étaient tranquillement assis [à Médine] ; si nous les faisions prisonniers, ils nous coûteraient de la nourriture et des gardiens en Egypte. […] A tous points de vue, il était préférable qu’ils restent là, qu’ils tiennent à Médine et veulent la garder. Laissons-les ! »

Lawrence se demanda ensuite s’il n’existait pas d’autres guerres, différentes des guerres d’anéantissement que vantaient des généraux français comme Ferdinand Foch et d’autres contemporains et dont ils parlaient avec un tel enthousiasme. Il en conclut, après une réminiscence de son étude de Clausewitz, qu’il y avait effectivement plus qu’un type de guerre, que le facteur déterminant était l’objectif pour lequel la guerre était initialement menée. Il n’entrait simplement pas dans le cadre des intérêts arabes, ni dans celui de leurs capacités, d’anéantir les Turcs. L’objectif des Arabes était géographique : occuper la plus grande partie possible du Moyen-Orient arabe. Maintenant, si l’objectif des Arabes était un intérêt géographique plutôt que la destruction des forces ennemies, il jetait une lumière entièrement nouvelle sur le rôle des irréguliers. Etant donné la validité de ces deux théorèmes, quel rôle l’insurgé arabe avait-il dans une guerre d’occupation ?

Afin de répondre à cette question, Lawrence a développé un cadre conceptuel simple, rien d’autre qu’une sorte de tableau à trous mental pour accrocher des concepts et des idées en relation l’un avec l’autre, mais avec une structure suffisante pour penser à toutes les idées comme un tout. Le tableau de Lawrence comprenait trois concepts ou catégories d’analyse, des crochets conceptuels qu’il appelait l’algébrique, le biologique et le psychologique.

Par algébrique, Lawrence entendait ces facteurs spatio-temporels qui sont sujets au calcul. Il a ainsi commencé à calculer la taille du secteur que les Arabes devraient conquérir et combien de Turcs il faudrait pour le défendre. Lawrence détermina qu’il faudrait au moins 600'000 soldats pour fournir une défense adéquate. Les Turcs n’avaient que 100'000 hommes et la plupart étaient concentrés à l’intérieur et autour de Médine. Lawrence reconnut également que les Turcs, avec leur bagage mental rempli d’idées sur les batailles d’anéantissement, approcheraient la rébellion dans la perspective d’une guerre totale. Mais cela serait une erreur, parce que faire la guerre « à une rébellion est lent et chaotique, comme manger de la soupe avec un couteau. »

Le biologique était le deuxième élément dans le cadre conceptuel de Lawrence. Plus tard, il a utilisé le terme de « bionomiques » pour représenter l’idée d’usure et de friction au sein d’un système militaire. Lawrence est parvenu à la conclusion qu’au lieu de détruire l’armée turque, les Arabes avaient simplement besoin de l’user. L’épuisement, et non la destruction, occasionnerait cela, par le biais d’attaques directes sur le matériel de l’ennemi : « la mort d’un pont ou d’une voie ferrée turque, d’une mitrailleuse, d’un canon ou d’explosifs nous était plus profitable que la mort d’un Turc. » De ce fait, la faiblesse des irréguliers – leur incapacité à affronter face à face les réguliers au combat – pouvait être rendue sans objet dès lors que les Arabes s’en prenaient au matériel accessible de l’ennemi. Mais la clef d’une telle stratégie était la disponibilité de renseignements presque parfaits. Lawrence, lui-même officier de renseignements, a noté que la connaissance de l’ennemi devait être « sans faute, ne laissant aucune place au risque. Nous avons fait davantage d’efforts dans ce domaine que n’importe quel autre état-major que j’ai vu. »

Le dernier facteur d’analyse était le psychologique. Lawrence comprit que dans une insurrection, la vraie bataille se jouait dans l’esprit des opposants. Pour être victorieux, les Arabes devaient « ranger leurs esprits en ordre de bataille, aussi prudemment et formellement que d’autres officiers alignaient leurs corps. » Cela signifiait aussi que le soutien moral au sein de la population devait être mobilisé pour la rébellion.

Les six principes de l’insurrection



A la lumière de cette analyse, Lawrence développa un plan de base auquel il s’est tenu virtuellement jusqu’à la fin de la guerre. Il était construit sur une évaluation réaliste des irréguliers arabes et de leurs opposants turcs. Son but consistait à imposer aux Turcs le fardeau d’une défense longue et constante qui finirait par les épuiser. L’emploi de petites unités offensives très mobiles constituait le moyen pour atteindre cet objectif. Lawrence reconnut que le rapport troupes / espace déterminerait le caractère ultime de la guerre. En termes pratiques, cette idée profonde signifiait que « en ayant [par exemple] cinq fois la mobilité des Turcs, nous devrions être en termes [égaux] avec eux avec un cinquième de leurs effectifs. » De ce fait, Lawrence en vint de plus en plus à considérer la guerre désertique comme équivalente à la guerre navale.

Pour Lawrence, le chameau était effectivement un vaisseau du désert. Il donnait à la guérilla désertique une incroyable autonomie, et donc une mobilité opérative à Lawrence et à ses forces arabes. Avec le chameau, les troupes étaient capables de transporter des vivres pour 6 semaines. Même sous les températures les plus élevées, les chameaux pouvaient avancer 3 jours sans eau. Selon Lawrence, cela signifiait que les chameaux pouvaient couvrir presque 400 km entre les points d’eau, à l’incroyable vitesse de presque 5,6 km/h. Cela signifiait aussi que les irréguliers arabes avaient une autonomie opérationnelle supérieure à 1600 km, suffisante pour jeter un filet menaçant sur toute la péninsule arabique – et au-delà. Lawrence lui-même a chevauché en un mois sur 2400 km sans ravitaillement.

Après avoir rejeté la nécessité de battre les Turcs dans une bataille décisive, Lawrence était capable de renoncer au maintien de formations denses et vulnérables qui caractérisent la structure des forces conventionnelles. La formation de manœuvre essentielle que Lawrence a employée exclusivement était le groupe de raid, alors que les Turcs utilisaient la division. Le but de Lawrence était d’atteindre une « articulation maximale » des forces arabes. Si son objectif stratégique était de s’étendre dans les étendues vides de la péninsule arabique, il était logique qu’il emploie des nuages de raiders pour occuper ce vaste territoire. Cette approche, cependant, exploitait l’indépendance innée des irréguliers arabes, et personne ne comprenait mieux cela que Lawrence.

Le guérillero arabe, monté sur son chameau, était en soi une force indépendante. Lawrence a écrit que « l’Arabe était simple et individualiste. Chaque homme enrôlé servait au combat et était autonome. Nous n’avions aucune ligne de communication ou troupes de soutien. L’efficacité de chaque homme était son efficacité personnelle. Nous pensions que dans nos conditions de combat, la somme fournie par des combattants individuels serait au moins égale au produit d’un système composé. […] Dans la guerre irrégulière, si deux hommes sont ensemble, un est gaspillé. »

De l’analyse précitée, Lawrence a extrait 6 principes fondamentaux de l’insurrection qui aujourd’hui encore conservent un bien-fondé remarquable.

  • Premièrement, un mouvement de guérilla victorieux doit avoir une base inexpugnable – non seulement contre les assauts physiques, mais également contre d’autres formes d’attaques, comme les attaques psychologiques.

  • Deuxièmement, la guérilla doit avoir un ennemi technologiquement sophistiqué. Plus la sophistication est grande, plus cette force étrangère s’appuiera sur des formes de communication et de logistique qui présenteront nécessairement des vulnérabilités.

  • Troisièmement, l’ennemi doit être en nombre suffisamment faible pour être incapable d’occuper le territoire disputé en profondeur, avec un système de postes fortifiés reliés entre eux.

  • Quatrièmement, la guérilla doit avoir au moins le soutien passif de la population, à défaut de son implication complète. Selon le calcul de Lawrence, « les rébellions peuvent être composées de 2% d’actifs dans la force de frappe et de 98% de sympathisants passifs. »

  • Cinquièmement, la force irrégulière doit avoir pour qualités fondamentales la vitesse, l’endurance, la présence et l’indépendance logistique.

  • Sixièmement, les irréguliers doivent disposer d’un armement suffisamment avancé pour frapper les vulnérabilités de l’ennemi dans le domaine de la logistique et des transmissions.

En résumant le bien-fondé pratique de sa propre théorie, Lawrence a cerné le point suivant : « Pour autant qu’ils aient la mobilité, la sécurité (ne pas fournir de cible à l’ennemi), le temps et la doctrine (l’idée permettant d’obtenir l’amitié de n’importe quel sujet), la victoire reviendra aux insurgés, car les facteurs algébriques sont finalement décisifs, et contre eux la perfection des moyens et la lutte des esprits restent vaines. »

Face aux guérillas modernes



De ce qui précède, nous pouvons déduire plusieurs caractéristiques de la guérilla et de la guerre d’insurrection qui ont une importance contemporaine. Premièrement, pour l’insurgé, la guerre est toujours offensive, jamais défensive ; toujours prolongée, jamais précipitée. Deuxièmement, les médias d’actualité, spécialement en mode électronique, sont une arme de l’insurgé ; il lui revient de les manipuler, et s’il le fait, il les possède. Troisièmement, les guérillas sont toujours organisées selon la structure la plus petite et la plus létale possible ; c’est leur manière principale de survivre. En langage actuel [au sein de l’US Army, note du traducteur], toutes sont des unités d’action ; aucune n’est une unité d’emploi. Quatrièmement, comme Lawrence l’a compris, le rapport troupes / espace détermine le caractère des opérations militaires. Les règles physiques font de la force conventionnelle un solide mécanique, soumis à la pression constante de forces insurgées presque liquides. Cinquièmement, parce que les insurgés exigent des informations précises concernant la force conventionnelle, leurs actions deviennent des frappes de précision. Enfin, parce que les insurgés ont les caractéristiques physiques d’un fluide et la structure cybernétique d’un essaim, ils forment le réseau humain le plus évolué.

Bien que les forces insurgées posent des défis importants aux armées conventionnelles, la patience, la diligence et le bon sens permettent d’en venir à bout. C’est déjà ce qui se produit dans des endroits comme l’Irak et l’Afghanistan. Pour commencer, nous devons penser comme un insurgé ; chaque mouvement, chaque plan, chaque concept et chaque action de notre part doit être évaluée et jugée à travers le regard de l’insurgé. D’autre part, l’action conventionnelle doit être caractérisée par la vitesse, le choc, la liberté d’action et l’endurance. Par ce dernier terme, j’entends l’endurance morale en tant que force de volonté et l’endurance logistique autorisant une action menée indépendamment d’un approvisionnement continu.

Par ailleurs, nous devons poser un regard permanent sur l’insurrection, par une surveillance durable et un ciblage de précision, tout en ne lui présentant aucune structure, aucune forme et aucun schéma évidents. Nous devons également battre les insurgés par une stratégie d’inoculation : organiser nos forces conventionnelles en petits anticorps offensifs qui vaccinent la population locale contre l’insurrection, dont la pathologie suggère que nous isolions les guérilleros physiquement, cybernétiquement et psychologiquement de leur base de soutien et des médias. Enfin, face à une insurrection, un dollar vaut souvent 10 cartouches ; ceux qui soutiennent les insurgés, de même que les insurgés eux-mêmes, peuvent être achetés par différentes sortes de paiements ou de flatteries.

Il existe cependant un autre aspect de la guérilla qui mérite une considération spéciale : le rôle du chef de l’insurrection. En définitive, le succès de Lawrence dans le désert d’Arabie a largement reposé sur ses capacités et ses talents de chef. Et ceci devrait nous rappeler que le leadership est la plus grande vulnérabilité des insurgés ; enlevez le chef, et vous aurez rendu l’insurrection impuissante et inefficace. Un bref examen du style de commandement propre à Lawrence offre un aperçu des qualités parfois rares ou uniques que doit avoir pour réussir le chef d’une insurrection.

En premier lieu, Lawrence combinait la sagesse, l’intégrité, l’humanité, le courage et la discipline avec l’empathie, soit l’aptitude s’identifier émotionnellement aussi bien avec les subordonnés qu’avec les supérieurs. Dans une insurrection, l’empathie joue un rôle spécialement crucial ; elle place le leader dans le cœur et les esprits de ses hommes. Il connaît immédiatement et intuitivement les limites physiques et psychologiques de ses propres troupes. Dans la guérilla, l’insurgé doit toujours opérer aux limites de l’endurance humaine normale – et souvent au-delà – pour maintenir un avantage moral sur un ennemi conventionnel plus puissant. L’empathie place également le leader insurgé dans l’esprit de son supérieur. Souvent privé de moyen de communication à de grandes distances du commandement supérieur, le chef doit toujours opérer comme si son supérieur était à ses côtés.

Ensuite, les chefs insurgés comme Lawrence sont victorieux parce qu’ils sont des instigateurs ; ils fournissent à leurs hommes la motivation, l’entraînement et l’habileté nécessaires pour accomplir une mission dans laquelle sinon ils échoueraient. Les instigateurs agissent largement comme des catalyseurs dans une réaction chimique, comme un facteur qui induit ou précipite le changement et l’action. Lawrence est parvenu à cela de trois manières. Premièrement, en tant qu’instructeur, il a enseigné à ses guérilleros les principes tactiques de base pour l’attaque. Deuxièmement, en tant que concepteur, il a établi les plans et les concepts qui ont été adroitement exécutés le long des lignes directrices stratégiques établies par le général Edmund Allenby. Enfin, en tant que gardien, il a conservé et préservé la puissance de combat de sa force létale mais fragile.

Thomas Edward Lawrence est mort le 19 mai 1935 après un accident de motocyclette, près de la maison où il s’était retiré dans le Dorset. Il était âgé de 46 ans. Malgré sa vie relativement courte, son influence était grande ; ses travaux écrits et ses liens personnels l’ont mis en contact avec des personnages tels que Sir Winston Churchill. L’un des liens intellectuels les plus forts était cependant celui avec B. H. Liddell Hart. L’association ici est spécialement évidente dans la plus grande part de son livre Strategy. La correspondance entre les deux rend très claire la dette intellectuelle que Liddell Hart doit à Lawrence, et de son côté Liddell Hart n’hésitait pas à exprimer sa gratitude. Il l’a fait par le biais d’une biographie bien conçue sur T. E. Lawrence, l’une des meilleures œuvres de Liddell Hart.

Ce dernier a reconnu le génie en Lawrence et, plus que la plupart, en a compris la source. Comme Clausewitz avant lui, il a vu que les hommes ne naissent pas géniaux, mais le deviennent par l’étude intensive et par l’application pratique. T. E. Lawrence et d’autres ont puissamment lutté contre les faiblesses et imperfections personnelles pour libérer ce génie. Lawrence lui-même l’a compris lorsqu’il a écrit à Liddell Hart, à propos de la biographie, « soulignez clairement que le commandement, au moins dans mon cas, n’est pas venu par instinct, de façon imprévue, mais par la compréhension, l’étude intensive et la concentration. S’il m’était venu aisément, je n’aurais pas autant réussi. Pour ma stratégie [insurrectionnelle], je n’ai pu trouver aucun enseignant dans le terrain ; j’avais derrière moi quelques années de lectures [et de rédactions] militaires. […] Avec 2000 ans d’exemples derrière nous, nous n’avons aucune excuse pour ne pas bien combattre. »

Sans le réaliser, T. E. Lawrence n’aurait pu écrire meilleure épitaphe.


Texte original: James J .Schneider, "T.E. Lawrence And the Mind of An Insurgent", Army Magazine, July 2005    
Traduction et réécriture: Lt col EMG Ludovic Monnerat
    









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Eminem

Enfin il rigole de lui-meme ! Donc, passons la géopolitique, rions pendant qu'il est temps. Voir Slam Movie aussi and The Real Slim.