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6月18日 Cellule 613CELLULE 613
Dans un lointain pays, surpuissant et pourtant mystérieux, existait une prison nommée Alabinas. On savait très peu de chose sur elle, juste qu’elle existait ; d’où des rumeurs qui circulaient à son sujet, des spéculations aussi comme par exemple sur son nom : Alabinas : albinos ? Là où l’on voit différemment ? La prison rouge ? Rouge comme le sang ? Que s’y passait-il entre ses murs épais ? Certains journalistes courageux avaient bien essayé de l’approcher et de la photographier, mais depuis son périmètre de sécurité avait été très fortement élargi, et toute photo ne pouvait désormais plus que révéler un point minuscule. L’Onu avait bien poser des questions sur cette prison, mais l’état avait répondu qu’étant démocratique (et c’était vrai), il est librement responsable de ses initiatives, dans son intérêt et pour sa protection. Toute nation ayant le droit de se protéger, et celle-ci en particulier, il n’y eut pas d’enquête.
Dommage, car il y en aurait eu des choses à en redire…
La discipline, comme on peut l’imaginer dans une prison, était de fer. Mais pas seulement. La moindre contestation était sévèrement réprimée, même si elle était juste. Les punitions étaient graduelles, allant de la privation de promenade, privation de douche, à l’enferment en cellule d’isolement. Jusque là, rien de grave, n’oublions pas que nous étions dans un état démocratique, supposé respecter les droits de l’homme ; la torture n’était pas pratiquée, donc pas de privation de nourriture ni de sommeil ! Mais alors, parmi les quelques prisonniers qui en sortaient, pourquoi certains l’évoquaient-ils avec horreur, leurs yeux roulant dans les orbitres, en sueur, bégayant soudainement alors que d’autres se pavanaient à ânonnant : « je suis sorti d’Alabinas, moi, monsieur ! » comme on dirait « j’ai fait la guerre du Golf ! » ?
C’est que eux, à la différence de ces derniers, l’avait vécu ! Mais quoi, bon sang ? Leur demandait-on. « eh bien… ça ! » et ils s’enfuyaient, comme des fous, balançant chaises et tables. Rien n’aurait pu arrêter leur fuite et personne ne les revoyait plus, même leur propre famille, quand il leur en restait une. Malgré ces quelques incidents, personne ne poussa plus loin ses investigations, on se dit tout bonnement que l’esprit de ces prisonniers n’avait tout simplement pas résister à quelques années d’emprisonnement : on devient fou pour moins que cela, après tout !
Or il n’y a pas de fumée sans feu. Voici ce qui s’y passait. Parfois.
Lorsqu’un prisonnier rebelle avait franchi toutes les étapes punitives, il était enfermé dans la cellule 613. Une cellule d’isolement, aux murs de béton gris avec pour seul mobilier un matelas posé à même le sol, une chaise, une table et … un crayon de papier, mais pas de papier ! Il ne savait jamais combien de temps il allait y rester car en fait tout dépendait de lui. Déjà, en entrant, comme la plupart de ses prédécesseurs, il s’affalait en rallant sur le matelas, sur le dos, les mains derrière la tête, maudissant les matons et la terre entière. S’il était frustre, il cherchait le sommeil, pensant faire passer le temps plus vite. Sinon, ses yeux le portaient machinalement sur les murs et c’est là qu’il commençait à y lire des inscriptions, comme dans toute autre cellule d’ailleurs, c’était même devenu un réflexe, un conditionnement. Sur tous les murs de la prison il y avait quelque chose à lire, même si l’on refusait les livres de la bibliothèque ou de s’inscrire au programme de réinsertion. Il y en avait une qui frappait l’œil en premier, car elle était tracée en rouge, couleur rouille, comme celle du sang séché et elle disait en grosses lettres : « ECRIRE ! ». Le prisonnier se relevait alors sur un coude, l’air perplexe. Puis comme par magie, l’inscription s’évanouissait. Le prisonnier, comme ses prédécesseurs toujours, se frottait alors les yeux en se demandant s’il avait eu une hallucination. Il continuait à fixer l’endroit où il l’avait lu, c’est-à-dire au plafond, espérant la revoir, mais jamais elle ne réapparaissait. C’est alors que les expériences divergent selon la personnalité du prisonnier qui s’y trouvait. En ce qui concerne celui qui nous intéresse aujourd’hui, il continua à fixer l’endroit mais sans véritablement le regarder, car il se mit à réfléchir. Il n’était pas fou, ça il en était sur. Il avait bien vu l’inscription, le mot tracé de rouge, ça oui, et il l’avait vu s’effacer, pas de doute là-dessus ! Qu’est-ce que cela signifiait ? Même un rebut de la société, qu’il soit innocent ou pas, cherche un sens à ce qu’il voit. Peut être était-il fatigué, ou était-ce de l’énervement ? Néanmoins il chercha à comprendre et commença à lire les autres inscriptions qui couvraient presque la totalité de cette cellule, ceux des 4 murs latéraux, le sol et le plafond. Il y avait des inscriptions un peu drôles telles que : « maman ! », « ma puce, je t’aime, même si t’es une pute », « si je sors de là, je deviens écrivain ! Foi de Bidard ! ». Bidard… il connaissait ce nom. N’était-ce pas ce producteur de best-sellers qu’on ne voyait jamais tant il travaillait, tel un fou, ne dormant que 3h par jour, ne s’alimentant qu’une seule fois seulement, mais buvant à longueur de temps ? Étrange… Et encore : « sexe and love : pas possible », « je préférais quand elle suçait des sucettes », « gé mal a la téte », « écrire, sé pa », et naturellement : « allez vous faire foutre ! ». Puis il lut : « oui, écrire ! », « Il faut écrire mon gars », « C’est ta seule chance de sortir d’ici ! », « C’était donc vrai ?« et plus inquiétant : « écrit ou tu meurs!! »… Après avoir vu ça, il fut pris de panique. Cependant, ce prisonnier là était réellement innocent du crime dont on l’accusait et il savait que son avocat se battait bec et ongles pour le sortir de cet enfer. Alors il retrouva son calme et se mit à réfléchir posément. Cela ne lui prit pas longtemps pour faire la relation entre le crayon posé sur la table et les inscriptions murales, car il était un minimum intelligent. Il prit ce crayon, chercha un espace libre ; il n’en restait pas beaucoup mais finit par en trouver un, près de la trappe justement et cela lui donna l’idée d’écrire : « je veux sortir, je suis innocent ».
Aussitôt retentit une alarme qu’il n’avait jamais entendue jusqu’ici. Ce n’était pas celle d’une évasion, celle qui réveillait les prisonniers le matin, celle qui leur ordonnait de s’aligner pour aller travailler, ni celle de la cantine. C’était une alarme comme qui dirait… joyeuse ! Bientôt il entendit des pas et la porte s’ouvrit. Et là de nouveau il n’en crut pas ses yeux : le directeur en personne se présenta, avec un sourire chaleureux et se mit à l’embrasser ! Puis il lança au prisonnier : « la vérité est sortie de la mine de ton crayon, mon gars ! Tu es libre ! ». Ça alors…
Or, il arriva qu’un jour, à force d’enfermer des prisonniers dans cette cellule particulière, il n’y eut plus de place pour écrire. Tout avait été recouvert, même la chaise et la table.
Cependant, il existera toujours des prisonniers ainsi que leurs rebelles, et les punitions qui vont avec. Un jour donc arriva celui qui dépassa les limites. Le directeur décida de l’envoyer dans la cellule 613 à la grande surprise des matons qui osèrent émettre des réserves : « Avec tout le respect que l’on vous doit Monsieur le Directeur, dit l’un d’eux, encadré par ses camarades exceptionnellement réunis en grand nombre lorsqu’ils apprirent la nouvelle, c’est impossible ! Tous les murs… ». Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. - je sais oui, tonna le directeur, tous les murs sont couverts ! Et alors ? C’est le moment de voir ce qu’il va se passer ! J’ai bien conscience de prendre un risque, mais nous n’y envoyons pas n’importe qui, que diable ! En parlant de diable, ce prisonnier-là a été jugé criminel, et pas n’importe lequel : serial killer d’enfants ! Trouvez-vous normal qu’il soit encore en vie ? Je respecte l’abolition de la peine de mort, et je pense qu’il a une chance de s’en sortir, malgré et peut être grâce à sa folie ! S’il s’en sort, ce ne sera pas entier, certes, son corps sera avec lui, mais sans doute pas son âme, qu’il a perdu de toute manière en torturant et tuant tous ces petits innocents ! Alors exécution ! Lança-t-il, pince sans rire.
Et ainsi fut-il. Il est vrai que cet homme était un indécrottable insociable, dangereux, pervers et… coupable. En vérité, le directeur avait longuement mûrit sa décision. Mais cet homme décidément lui donnait la nausée et le mettait dans une colère folle, ce qu’il n’aimait pas, car il n’était pas si méchant, et surtout pas aussi pervers ! Seulement là, le résultat montrerait qui serait le plus pervers des deux : le directeur si le prisonnier n’en réchappait pas, ou l’autre s’il en sortait ?
Ainsi, comme ses prédécesseurs, le nouveau prisonnier de la cellule 613 vit le mot en rouge qui s’effaça. Comme eux, il se frotta les yeux mais n’eut pas peur. Il était doté d’une structure mentale foncièrement différente. Il haussa les épaules et se coucha sur le matelas, sifflota quelques instants, vit les autres écritures, se mit à ricaner : « bande de fous cinglés ! » pensa-t-il avec ce qui lui restait de neurones intacts ; d’ailleurs le fait d’émettre cette unique pensée le fatigua assez pour qu’il s’endormit. Le lendemain il ne trouva pas mieux que de se défouler sur la trappe en hurlant : « eh dehors ! Quand est-ce que vous me sortez de là ? Je veux sortir ! Merde ! Bande d’enfoirés ! (ici j’écrit « enfoirés », mais ce n’est évidemment pas le terme qu’il prononça…), suivis d’autres insultes encore moins traduisibles. Au bout du deuxième repas, il en conclut que le soir était venu et se rallongea, épuisé d’avoir tapé et hurlé en vain, car personne jamais ne lui répondit. Les murs bétonnés étaient épais, même la trappe qui devait faire 30 cm d’épaisseur. Elle était si lourde à soulever que lorsque les matons y parvenaient, ils y glissaient en vitesse le plateau repas qui se répandait alors par terre. Heureusement, l’eau était contenue dans une bouteille en fer, mais au bout de plusieurs jours, la cellule fut couverte d’immondices. Alors seulement le prisonnier se demanda combien de temps il allait y rester, et surtout comment en sortir ! Il inspecta de nouveau les inscriptions, ce qui lui prit du temps car il savait à peine lire, mais comme il s’ennuyait aussi, il n’avait pas d’autre choix. Enfin, au bout de trois jours, il fit la relation entre le petit crayon et les murs. Il chercha un espace libre, et bien sur n’en trouva pas. Tant pis ! Il écrivit sur d’autres mots, mais les siens s’effacèrent, refusant de défaire la mémoire des autres. Il insista quand même et bientôt il n’eut plus de crayon. Avec ses ongles, le bêta tenta de gratter le béton, peine perdue ! Mais à force de gratter, il n’eut plus d’ongles non plus et le sang se mit à couler, alors il écrivit avec ce sang impur. Peine perdue encore une fois : son sang s’effaça ! Comme l’avait fait l’écriture du plafond, il ne savait plus très bien combien de temps avant ! De rage il s’empara des détritus et avec une peau de banane il traça le mot « cul », mais… shit alors ! Disparu le mot ! Alors il prit autant de détritus que pouvaient contenir ses bras et traça un grand A, mais rien n’y fit. Alors un éclair de génie fort bien venu et inattendu lui traversa ce qui lui restait d’esprit : et s’il écrivait en relief ? Il reforma la lettre A en alignant les détritus, mais ceux-ci s’affalèrent littéralement, recouvrant de nouveau la totalité du sol ! Le prisonnier, constatant la mauvaise fois des éléments, hurla de rage. - c’est quoi le problème ? Qu’est-ce qu’il faut que je fasse ? Dites le moi ! Ça suffit, merde ! J’en ai assez ! Laissez moi sortiiiiiiiiiiiiiiiiiiir ! Et il hurla ainsi durant ce qui lui parut une éternité.
En réalité, il s’était passé deux semaines. Les matons commencèrent sérieusement à s’inquiéter. Le directeur aussi, qui les autorisa à entrouvrir la trappe suffisamment haut et longtemps pour inspecter les lieux. Il fallut trois hommes pour la maintenir assez longtemps et constater la puanteur de l’endroit et sa dégradation. Le prisonnier paraissait inconscient, mais peut être dormait-il ? En tous cas il ne mangeait plus puisque des plats entiers recouverts de films alimentaires n’avaient pas été ouverts. Les matons décidèrent de réveiller le prisonnier, mais celui-ci ne fit que tourner faiblement la tête vers eux, sans ouvrir les yeux. Au moins, il était vivant ! Sans tarder ils retournèrent dans le bureau de leur supérieur afin de lui faire un rapport suffisamment alarmant pour que celui-ci les autorisât à ouvrir la cellule. « Y’a quelque chose qui cloche dans tout ça » , pensa-t-il sans savoir pourquoi. Vite les hommes retournèrent vers la cellule et l’ouvrir avec la clef. En réalité, ils voulaient l’ouvrir, mais ils n’y parvinrent pas ! La clef tournait sans cesse sur elle-même sans déclencher le dispositif d’ouverture ! Une nouvelle fois ils coururent en faire le rapport et leur chef leur enjoint de trouer le mur en plusieurs endroits, puis de faire tomber la façade. « oui, se dit-il d’un air de plus en plus perplexe, je sens que ça cloche dur… ».
Cette fois, 5 hommes se mirent au travail, et non des moins musclés. Chacun s’armèrent d’une puissante perceuse. Et là, ils constatèrent leur impuissance à percer le mur. Le foret le plus gros ne parvint guère à égratigner la moindre miette ! Que faire ? On essaya d’immenses marteaux de fers, ce qui ne changea rien et évidemment la prison ne disposait pas de marteau piqueurs… heureusement la cellule se situait au fin fond de la prison et aucun bruit ne se répercuta jusqu’aux autres prisonniers. On pensa même faire passer un nain à travers la trappe, mais celle-ci refusait dorénavant de s’ouvrir, comme si elle avait décidé de rester bloquée !
- ok, ok, finit par dire le directeur. Je comprends à présent. Ce prisonnier était le pire de tous, cette cellule lui a réglé son compte, justice n’ayant pas été faite par les hommes eux-mêmes. Il n’y en aura pas pire que lui, et si cela advient quand même, la peine de mort sera rétablie. Sinon, d’autres cellules 613 seront construites, enfin je crois. Quant à nous tous, j’espère bien que cette expérience sera la dernière de toutes. Allez, nous lui avons donné sa chance, ce n’est pas nous qui avons décidé de la fin de l’histoire.
Les matons l’écoutèrent dans un silence de mort. Certains se demandèrent s’il ne commençait pas à perdre lui aussi la tête, mais existait-il une autre explication ?
Et c’est alors que l’on constata en ville certains d’entre eux se comporter comme les anciens prisonniers ayant purgé leur peine et qui avaient vécu ça. Lorsqu’on leur posait des questions, leur visage se décomposait en un rictus de terreur et eux aussi s’enfuyaient en disparaissant à jamais. Cette fois ci, une enquête fut ordonnée, mais mis à part la propension exagérée de son directeur à fumer cigarettes sur cigarettes, rien d’anormal ne fut constaté, et le chemin suivit son cours… Le sang du peintreLe sang du peintre
A Alcatraz autrefois, on ne s'évadait pas. Seul Libellule y est parvenu, vous vous en souvenez ? Et les autres ? Que devinrent-ils ? Ils y mouraient car à Alcatraz on était enfermé à vie, jusqu'à la seule évasion possible : la mort. Mais en attendant, il fallait bien les occuper, on les faisait travailler. "On" : des matons, sadiques à souhait, car les autorités n'ayant aucun soucis humanitaires envers ses pires prisonniers, ne dépêchaient aucun contrôleurs gouvernementaux ou indépendants pour y rapporter ce qui s'y passait à l'intérieur. Les matons ne valaient donc pas mieux que leurs prisonniers, tout enfermés qu'ils étaient eux aussi. Si au départ, certains arrivaient à peu près sains d'esprit, la majeur partie devenait folle dans ce climat d'éternelle violence. Alors ils se soulageaient comme ils pouvaient et chacun, matons comme prisonniers, survivaient aussi longtemps que leur caractère le leur permettait. La nuit, les prisonniers disposaient d'une cellule individuelle (il fallait éviter les bagarres entre prisonniers au moins la nuit), toute petite et toute crasseuse, que les prisonniers pouvaient nettoyer une fois tous les quinze jours avec un balai et une éponge. Autant vous dire que ça puait dans les lavabos et les wc, et donc partout dans la prison qui n'était aérée qu'une heure par jour et encore par une seule porte. Le jour, les prisonniers étaient amenés dans toutes sortes d'ateliers dans lesquels ils travaillaient pour rien, tels des esclaves. Cependant, pour les plus méritants d'entre eux, étaient accordées quelques faveurs, telles des heures de promenades en plus, un loisir, de quoi écrire, lire et ... peindre ! Et oui, il y eut un peintre à Alcatraz ! C'était un être chétif et timide, embarqué là par erreur certainement car il ne correspondait pas du tout au profil de la moyenne des brutes qu'hébergeait cette prison. En vérité, il avait aidé à fabriquer de faux billets de banque tellement parfaits que l'économie des Etats-Unis faillit en être chamboulée. Il fallut plusieurs années pour que l'on s'aperçoive de l'existence de ces faux billets, aussi le mal fut difficile à soigner et les autorités décidèrent d'éloigner ce faussaire de génie pour le restant de ses jours. Or, une fois son activité illicite mise à jour et interdite, il redevint un "honnête" homme et s'assagit. Il se mit au travail, consciencieusement, obéissant, efficace et rapide même, si bien qu'il lui fut permis de peindre quelques heures par jour, à la place de la promenade. Il préférait peindre dans un atelier plutôt que dans sa cellule, trop petite et surtout trop puante pour sa concentration. Et en plus, dans l'atelier, il avait du répondant car comme il aimait rendre service, beaucoup l'appréciaient, aussi beaucoup lui disaient avec franchise ce qu'ils pensaient de sa peinture. Aussi pouvait-il progresser dans son art. Sa vie avait pris du sens, telle qu'elle aurait dû le prendre au lieu de se perdre en devenant faussaire ; mais bon, mieux vaut tard que jamais. Il peignait aussi bien qu'il avait fabriqué de beaux billets, aussi ses toiles furent vendues au profit de la prison qui s'embellit quelque peu, et les autres prisonniers l'en remercièrent car ils eurent des matelas neufs, enfin sans poux, un peu plus de couvertures et les ampoules pouvaient être changées dès qu'elles grillaient, les matons eurent des uniformes renouvelés tous les ans. Cela lui permettait aussi d'avoir du matériel neuf. Sa peinture rapportait plus que le travail des prisonniers dans les ateliers. Elle touchait par son caractère mélancolique, elle reflétait la désolation d'une vie à jamais gâchée par une seule faute, la faute d'une vie, irréparable et irrémédiable. Et malgré tout, elle étonnait par ses couleurs, les seules couleurs de cette prison grise, couleurs intensifiées car nécessaires à la survie, couleurs douces, irréelles, lumineuses à la fois, éclatantes. Les gens du dehors n'en revenaient pas qu'un prisonnier de "là-bas" puisse peindre ainsi et s'arrachaient ses toiles à prix d'or. Si bien qu'un jour plus personne du dehors n'achetèrent les produits issus des ateliers tant les prisonniers s'étaient mis en tête qu'il ne leur servait à rien de s'échiner tant que la peinture de leur camarade rapportait suffisamment pour améliorer leur condition d'existence. Or, 4 ans après fut élu un nouveau président des Etats-Unis et celui-ci décréta qu'il était anormal qu'une prison telle qu'Alcatraz dépendât du travail d'un seul homme et que de plus ce travail soit un plaisir ! Il donna comme consigne au directeur de la prison d'interdire au peintre de peindre afin de remettre les prisonniers au travail, car ce travail faisait également partie de leur punition. Un jour donc, le peintre s'installait devant son chevalet pour poursuivre son oeuvre comme à l'accoutumée, quand un des matons lui lança : - la peinture, c'est terminé mon gars ! Terminé ! Elle a rendu tous les autres fénéants ! Et nous autres dépendant de toi ! Nous, les matons : dépendants d'un prisonnier ! Non mais : tiens ! cria -t-il en envoyant le chevalet à l'autre bout de l'atelier, piétinant la toile tandis que les autres matons se mirent à détruire les autres toiles qui séchaient en les lacérant et crachant, voire urinant dessus ! Les pinceaux et les tubes furent jetés à la poubelle après avoir été découpés en morceaux, sous les rires des sadiques et la stupeur des prisonniers. Le peintre fut renvoyé sans ménagement dans sa cellule. La nuit fut atroce. Le peintre se demanda pourquoi vivre alors que le sens même de sa vie venait d'être détruite. Mais il avait peur de mourir. S'il fallait en arrivait à cette extrémité, il fallait que ce soit en beauté, digne d'un artiste. Comme la folie le guettait et qu'il ne pouvait rester sans rien faire, il commença par dessiner à même le sol, avec la poussière. Mais dès le lendemain, les matons virent les dessins et ordonnèrent au peintre de les effacer avec un balai. La nuit suivante, le peintre usa de sa salive et de l'eau de son lavabo et dessina sur la crasse de ses murs. Mais le lendemain encore, les matons lui ordonnèrent une nouvelle fois de tout nettoyer et lui dirent : - puisque tu as besoin de t'occuper, eh bien tu travailleras à l'atelier ! Et le peintre fut condamné à travailler deux fois plus longtemps que les autres. Cependant, il eut une idée en observant les outils qu'il devait utiliser pour fabriquer les objets qui sortaient de la prison pour être vendus : beaucoup étaient tranchants, il y avait des ciseaux à bois et même des cisailles et bien que les matons surveillaient de très près les prisonniers qui les utilisaient pour cause de suicides précédemment survenus à l'aide de ces engins, le peintre réussit à subtiliser un tourne vis et une fine lime tranchante comme un cutter et repartit avec le soir dans sa cellule. La nuit venue, il racla le mur avec le tourne vis dans l'espoir d'y tracer quelques courbes enchanteresses mais hélas, cela fit trop de bruit et le maton de garde le surprit. Il entra dans la cellule, constata les lignes sur le mur et s'écria : - Ah c'est comme ça mon gars ! Tu fais de la résistance maintenant ! Et en plus tu abîmes les murs ? Attends que j'en touche un mot au directeur ! Il lui reprit le tourne vis avant de tourner les talons. Le lendemain matin, le directeur fut informé et vint lui-même constater le début du vandalisme. Cela le rendit ulcéré, si bien qu'il condamna le peintre à un mois d'isolement dans une cellule aux quatre murs bétonnés, avec pour seule ouverture une petite trappe pour faire passer la nourriture. Mais le peintre ne s'avoua pas vaincu. Il fut même content de pouvoir rester seul un mois durant. On peut supposer d'ailleurs qu'il s'amusa follement. Quand on rouvrit sa porte un mois plus tard, on le retrouva presque mort, mais souriant, comme apaisé. Il était dans un état lamentable, mais on l'entendit murmurer : - J'ai gagné... ça y est ... je suis devenu une oeuvre d'art... je suis l'art !... Puis il expira. Sur son corps presque nu, étaient dessinés des tas de motifs divers, abstraits avec des arabesques, ou figuratifs avec des portraits de femmes ou d'hommes qui l'avaient marqués dans sa vie, dont Libellule qui venait de s'évader. Assez profondément, mais sans jamais atteindre les grosses veines, il s'était lacéré avec la lime partout où il avait pu : des pieds jusqu'au visage. Il avait même tenté de couvrir son dos. Pour que ses blessures ne cicatrisent pas, il les avait enduites de poussières, et cela lui avait donné un résultat similaire au tatouage. Auparavant, il s'était servi de son sang pour couvrir les murs de dessins. Il avait "peint" ainsi des paysages luxuriants de verdure sur l'un des murs, un désert sur le deuxième, des montages enneigées sur le troisième, et une immense porte décorée d'arabesques sur celui qui donnait sur la trappe. C'était stupéfiant ! Les matons et le directeur en restèrent pantois, certains eurent même les larmes aux yeux. Le directeur ordonna à tous qu'on laissa l'endroit en l'état, de ne rien nettoyer. Avec une voix presque éteinte et enrouée, il ordonna aussi que le corps du malheureux peintre fût embaumé. - C'est vrai, dit-il tristement, cet homme est devenu sa propre oeuvre. Il faut le conserver...Il ne nous appartient plus, lui aussi s'est évadé... en quelque sorte... Cette décision eut l'avantage d'éviter une révolte générale de la part des prisonniers quand ils apprirent la mort de leur meilleur camarade. Le président des Etats-Unis lui-même se déplaça pour voir les deux chef-d'oeuvres : la cellule et le peintre embaumé. Il décida de fermer Alcatraz et d'en faire un musé, où le peintre est conservé dans un cercueil de verre. Vous ne me croyez pas ? Eh bien allez visiter !
6月6日 Des coups pour tous les goûtsMes coups de gueule : 1. L’Onu : la boite des trous du’c qui coûte cher et ne sert à rien comme les réunions des G8. 2. L’hypocrisie face aux péripatéticiennes : on a toujours eu besoin d’elles ! Pourquoi se voiler la face et en faire des martyres, bandes de cons (c’est le cas de le dire !). 3. Les infirmiers qui jugent les candidats au suicide. Excusez moi, ça m’est resté entre la gorge…. 4. Les gens qui ne développent pas les dons qui leurs sont offerts, par fainéantise. Vous allez me dire : ceci n’est rien face à la famine, la guerre du Népal, la colonisation du Tibet, les catas du Darfour, les cocos de Colombie, les conneries de Bush, le Sida, les MST, le pape rétrograde, les moustiques…. Je ne peux pas tout écrire enfin ! Faut me comprendre…. Ah tiens : 5. L’intolérance. Surtout dans un couple où l’un bouffe l’autre jusqu’à la moelle de son âme. Le diable se cache partout et bien que ce ne soit qu’un menteur, beaucoup trop d’âmes l’écoutent, même les mieux intentionnées. 6. Autrefois, timide, je n’aimais pas qu’on se moque de moi. Aujourd’hui : j’adore. Ça m’autorise à me foutre de vous.
7. Faire du mal à un enfant. Un mioche, ça peut être chiant d’accord. Mais qu’un adulte en abuse, je ne supporte pas. Si un jour quelqu’un fait du mal à mon fils, il en paiera les conséquences toute sa vie. Moi la première.
8. Tuer les animaux. Sauf les araignées. Là, je comprends.
9. J’arrive pas à mettre mes pensées en berne. C’est fatiguant… même mes rêves sont des réflexions !
Mes coups de cœur 1. Le courage de l’artiste (hem…un peu de gratification fait du bien non ?).
2. L’aventure, surtout celle de l’esprit. L’autre, celle qui engage le corps, la vie me fascine mais me fait peur.
3. Mon fils. Il est différent. Trop jeune pour utiliser à bon escient son intelligence, insupportable mais fascinant. Mon ti bout : je crois en toi.
4. Les rencontres, même furtives. Ce sont toujours des histoires dignes de romans possibles.
5. Les transsexuels : des œuvres d’art vivants.
6. Les livres, la lecture, les écrivains.
7. La musique. En tant que future sourde, elle est un souvenir futur. Jean Michel Jarre, un génie dans ce domaine. Son papa a écrit la musique du film « Lawrence d’Arabie » mais le fiston a inventé la musique de synthèse. Je me souviens de la réflexion de mon frère lors de la sortie d’ oxygène : « c’est pas de la musique ça ! ». Définition de la musique : ensemble harmonieux de sons. Qui de plus harmonieux que JM Jarre ? Ok… Mozart. Bien, faut vivre avec son temps aussi !
8. Le bruit de la pluie. Je ne l’entends plus mais il est un souvenir présent.
9. La mer : puissante force vitale, fascinante. Son odeur, ses mouvements, ses mystères.
10. La vie et la mort, ce que les humains en font pour se les approprier, les supporter en tant qu’idée atroce ou attractive, selon les caractères.
11. Les handicapés : ils m’aident à vivre. Ils sont ma famille.
12. JJ. Ben oui, sans lui je ne serai plus là pour écrire ces sornettes !
13. Vincent Richet. Le dernier prof de peinture qui m’a lancée d’un air étonné après que j’eu terminé un copie : « qu’Est-ce que tu fais dans mon atelier ? ». Il m’a reconnue en tant qu’artiste. Ne me restait plus qu’à me reconnaître moi-même.
14. Pascal Carré, mon premier prof de Langue des Signes. Il fut le premier à me reconnaître en tant que sourde alors que la guerre faisait encore rage entre les sourds signants et les oralistes
15. Geneviève F. La coordinatrice de l’Association des Parents d’Enfants Sourds de Tours qui m’a montrée la voie pour vivre en tant que sourde. C’est grâce à elle que je suis devenue éducatrice spécialisée.
16. Mon cousin Sylvain. Je l’aime, c’est tout.
17. Mme Errant, stagiaire psy qui m’a sortie de mon marasme dépressif. C’est aussi grâce à elle que je suis encore en vie.
18. Mr …. Mon prof de français de 4ème et 3ème. Il m’a fait découvrir les joies et les sueurs de l’écriture.
19. Les papillons : ils me tiennent compagnie la nuit. 6月5日 Le prix du mensongeHier soir, sur la 5 passait un documentaire : "le prix du mensonge". Il s'agissait d'un procès fleuve sur le crime de la petite ami d'un allemand louche Kriesman à Miami dans les années 80 jusqu'à 2002 (il peut y avoir des erreurs sur la date). Parmi les avocats de l'accusé, j'ai reconnu celle qui défenda le jeune noir dans "Un coupable parfait"; elle et son collégue, des avocats commis d'office, ont réussi à déjouer les erreurs de la police, ce documentaire évoquera sans doute des souvenirs à beaucoup d'entre vous. Or là, revers : le procès est perdu d'avance et le restera puisque tout le monde ment, y compris l'accusé, trop imbu de lui même et cachant peut être une autre affaire, celle de la drogue. A la fin, le véritable coupable avoue son crime face au journaliste et explique pourquoi il ne peut plus être mis en taule. Celui que les avocats sous estimaient a gagné. Je trouve cela très courageux de la part de l'avocate (j'ai oublié son nom) de montrer un echec après des années de travail sans relache, des demandes de révisions. Ce documentaire montre comment la machine judiciaire peut rester rouillée très facilement et devenir le jeu des acteurs, puisque tous mentent. C'est comme un jeu pour tout le monde, sauf pour les avocats de la défense. Je n'aurais pas aimer être à leur place, ce proces remet en question leur choix de rester avocats commis d'office. Dans "un couple idéal" la conclusion fut que ces avocats gagneraient beaucoup plus s'ils travaillaient à leur compte car il est vrai qu'ils sont pugnaces ! Mais là, on s'est joué d'eux. L'accusé a préféré être accusé à la chaise électrique, c'est dingue ! Pourquoi alors défendre des gens qui cherchent à se perdre eux-mêmes ? La dernière parole est laissée à ce dernier : "la seule chose qui compte est ma version des faits"... même s'ils sont faux. Le gouvernement allemand, celui de l'accusé, a payé des sommes colossales pour le défendre. Je pense que cet argent aurait dû être reversé à ses avocats, pauvres pions perdus dans ce dédale éffarant de mensonges inséssants. On voyait bien qu'ils manquaient de moyens : ils travaillaient dans des hôtels ! On s'est bien foutu de leur gueule.... Etre bien, etre libreHier sur mon blog MSN je ne trouvais pas les mots pour décrire l’état dans lequel je me trouvais. J’étais tellement bien. Pas comme lorsque la psy à l’hôpital m’avait sortie de mon trou, non, j’étais plus sereine. Sereine et en pleine conscience de se que j’avais encore à affronter pour l’être encore peut être. Peu à peu les nœuds se défont, d’autres apparaissent et cette fois, je suis confiante que par la suite ils se déferont encore, pourvu que je ne me voile pas la face et que j’aborde toute la vérité, même la plus laide. Ensuite, je serai libre. Il ne s’agit plus d’accuser ou de s’accuser, de culpabiliser ou de se morfondre. Il s’agit de regarder la vie se dérouler et d’y jouer un rôle sans avoir peur, de s’impliquer ou non en toute liberté de choix. Être honnête, se dire par ex : j’ai peur, pourquoi? Je suis en colère, pourquoi ? Heureuse, pourquoi ? J’aime me droguer, être en danger, éclater ma fureur, ma joie de vivre et que mes humeurs changent. Rien de ceci n’est un crime : tout se passe dans la tête. Ce qui en ressort ? L’art. Point barre. C’Est-ce qu’il y a de mieux à faire. Et c’est drôle car maintenant je vais laisser éclater toute mon énergie dans l’art plastique au point où l’on se demandera : mais qu’Est-ce qui lui arrive à celle-la ? Elle débloque ? Or, je n’aurai pas été aussi bien de ma vie. Je vais jouer à recoudre avec du gros fils des toiles lacérées par mon ex, j’y mettrai du verre cassé. Sur d’autres toiles préalablement encollées, je jetterai des cailloux puis des jets de peinture. On pourra interpréter ça de plusieurs manières encore une fois : la colère ou la fureur de vivre. Démonter la vérité toute faite, salir une certaine vérité, en proposer une autre. En tout cas, montrer les deux facettes. Dans la vie, on voit ce que l’on veut n’est il pas ? JJ ne supporte pas Arthur. Je le sens jaloux. Et puis ce sont deux caractères forts. JJ aimerait bien dominer Arthur mais celui-ci est bien plus intelligent que ne le laisserait penser son âge. Samedi soir, à moitié endormi, Arthur me demande où sont passés ses cailloux qu’il m’avait « offert » cet après midi (il était près de minuit !) et JJ répond : « je les ai jeté ! » d’un air entendu. Je le regarde ébahie ! Mais de quoi se mêle-t-il celui là ?? Pendant qu’Arthur entame les pleurs de circonstances, j’en profite pour lui poser la question et j’ajoute : « les cailloux, c’est un truc entre nous Arthur et moi depuis toujours ! » et lui entonne la chanson de tout le monde : « il ne respecte rien(euh) ni personne (euh) ». A bas les refrains serinés tant de fois qu’on en a perdu le sens ! Bonne mère : j’entends les larmes de mon fils et les distingue des fausses et pour le consoler je lui offre une glace. Comme je suis la seule à les comprendre, l’autre méchant lance : « et voilà le résultat ! ». Bon… s’ensuive les explications que l’on croit utile mais qui ne résolvent rien : « tous les après midi au retour de l’école, il m’offrait des pâquerettes ! Maintenant que je ne le voit que tous les quinze jours, seuls les cailloux n’ont pas fané! » ; « c’était pas des cailloux mais des graviers ! » ; bon dans le lot peut être j’aurais trié lui dis-je en langue des signes, je t’expliquerai demain…. « non! Il faut le lui dire en face ! ». Couillon…. Ah ! J’ai loupé le meilleur : « je ne choisirai pas entre mon fils et toi ! ». C’est cruel, car JJ n’a pas le choix lui. Et moi non plus en vérité. C’est moi qui ait crée cette situation, que je sois crucifiée pour cela ! Je m’égare, un peu seulement. Tout de suite les « pensées réflexes d’autodestruction massives» me viennent en tête : je vais me faire saigner, me priver de bouffe, t’es grosse, conne, tu fais du mal à tout le monde (euh). L’enfant est allé au lit. Le mâle a allumé la télé. Moi j’ai pris mes cachets et me suis couchée. Demain soir je rendrai mon fils à son géniteur et moi j’aurai plus qu’à crever. Penser ainsi est rassurant, et pourtant je sais que je ne le mettrai pas en œuvre car j’ai envie de vivre. Mais je suis écoeurée, faut que je dorme, que j’oublie. Le lendemain, je serai prise de quintes de toux terribles, comme du temps de ma spasmophilie. JJ m’a offert un beau bouquet de roses ; une viennoiserie que j’ai laissé à Titi. J’ai boudé JJ et me suis occupée de Titi. Mais j’étais pas bien, fatiguée, tremblante, toussotant, cherchant l’air de la paix. J’ai cru un temps l’avoir trouvé. Je suis bien gourde décidément. JJ et moi nous nous aimons, lui faire du mal c'est me faire du mal. Je pourrais me dire :mon fils m'a fait du mal pendant 6 longues années, JJ me donne le bonheur depuis 1 an. Je les aime tous les deux, c'est viscéral, inexplicable. Il me faut donc les aider tous les deux à s'entendre, mais pas en boudant c 'est trop con et lache. |
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