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Gorillaz-dare ( osez !) Gorillaz : le seul groupe de rap qui me touche car les paroles sont positives, les dessins très droles qui révèllent parfois un engagement vers le respect de la nature et des animaux (Soulchilds). Visitez également les chorales avec les enfants, c'est formidable ! MariettaMARIETTA ET L’ETRANGE AFFAIRE DE FLEURY-MARVIS
Feury-Marvis était une prison pour hommes. Elle fut détruite dans un incendie à la fin du Xxème siècle. Depuis, l’état répressif a décidé de la reconstruire. Mais il rencontre un étrange problème : cette prison là « ne veut pas se rebâtir », aux dires mêmes des maçons ! En effet, bien que les fondements existent encore, chaque pierre posée sur le ciment se casse et s’effrite tel du sable au premier coup de maillet. Pas un seul mur n’a pu se monter, pas une seule colonne : tout s’effondre dans un amas de poussière. Des experts de toutes sortes ont été dépêchés sur place, aucun n’a pu fournir d’explications mathématiques, géologiques, sismiques, etc. Finalement le projet fut abandonné et remplacé par un jardin public où s’ébattent des enfants sur des balançoires, où les joggeurs courent et les amoureux s’embrassent.
Belle conclusion à une histoire sordide à laquelle personne non plus n’a pu fournir d’explication.
Cette histoire commença le jour où Marietta apprit le viol de son compagnon, emprisonné à Fleury-Marvis pour une peine de deux mois. Joe n’était pourtant pas un voyou. Son tort était d’avoir été pris en flagrant délit de racolage, c’était un prostitué sous la coupe d’un mac, et pour supporter ses humiliations quotidiennes, il se droguait. Le jour où il fut arrêté, il ne possédait pas de drogue sur lui, ce qui allégea sa peine. Mais il prit quand même deux mois de prison ferme. Il venait de rencontrer Marietta qui vivait momentanément dans le même hôtel où il faisait monter ses clients et il crut que sa vie allait enfin changer. Marietta cherchait un atelier, elle était peintre, aussi n’était-elle à cet endroit que par hasard et momentanément. Néanmoins, tous deux eurent le temps de se connaître et de tomber amoureux. Puis Joe fut arrêté. Dès qu’elle l’apprit, Marietta lui rendit visite une fois par semaine comme l’autorisait la loi et lui manifestait attention, dévouement et amour. Elle savait bien que Joe était sous emprise et comptait bien l’en sortir car jamais elle n’avait de sa vie rencontrée un homme aussi doux et généreux. Son malheur était devenu le sien, mais son espoir aussi et elle tachait de le lui transmettre à chacune de leur rencontre. D’ailleurs ses peintures commençaient à bien se vendre. A la troisième visite elle comptait lui apprendre la bonne surprise : elle venait de dénicher un atelier au bord de la ville pour un loyer modéré et comptait bien y cacher Joe en attendant le jugement de son mac qu’il avait dénoncé.
Ce troisième jour, on ne la conduisit pas à la salle des visites comme à l’accoutumée. Le médecin attaché à la prison souhaitait la recevoir dans son cabinet. Le cœur battant, pressentant le pire, elle accepta car c’était une femme qui voulait voir et entendre la vérité en face. Son inquiétude grandit lorsque le médecin l’accueillit avec une politesse qu’elle trouva exagérée dans ce genre d’endroit. Il la fit asseoir en face de son bureau miteux. - que se passe-t-il ? Demanda-t-elle d’emblée. - voila mademoiselle… Joe a été victime d’un viol collectif hier dans les douches. Elle ouvrit ses yeux d’effarement. - pardonnez moi si je vous annonce ceci crûment, continua le médecin, mais il me semble voir en vous une femme de tête, capable d’entendre une telle horreur… mais peut-être que je me trompe et alors je vous présente mes excuses… - non ! S’écria-t-elle. Je veux tout savoir ! Je veux savoir qui a fait ça, je veux voir ces minables et surtout je veux voir Joe ! Vous savez qui sont ces types j’espère ?! Elle s’était levé et avait posé ses mains sur le bureau, regardant l’autre de son regard perçant. Celui-ci mit un temps à pouvoir lui répondre, il n’avait jamais rencontré un regard aussi déterminé. Enfin il dit : - malheureusement Joe ne veut rien nous dire. Je pense à juste titre qu’il craint des représailles. Nous avons pu obtenir des informations grâce au gardien ; par chance il se souvient des quatre derniers gars qui ont quitté la douche avant de s’assurer que tous étaient sortis, et c’est alors qu’il a aperçu Joe gisant sur le sol. Il a tout de suite compris ce qui s’était passé. Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’un tel drame se passe, surtout quand certains voyous apprennent le passé des nouveaux arrivants… - ainsi ce n’est pas la première fois ?! Marietta se contenait, mais elle avait la rage en elle et cela dut se voir dans ses yeux car le docteur la regardait maintenant avec crainte. - je suis sincèrement désolé, lui dit-il. Nous manquons de personnel, aussi le gardien ne peut être présent tout le temps des douches, il doit aussi surveiller le couloir extérieur… Marietta respira un grand coup, elle sembla reprendre maîtrise d’elle-même et se rassit. Néanmoins, elle continua à fixer le docteur de son regard glacial et lui répliqua sèchement : - ce n’est pas à vous que j’en veux docteur, ni même à cet imbécile de gardien qui probablement devait fumer sa clope en attendant… L’autre voulut protester, mais elle ne lui en laissa pas le temps. - cependant Joe a subit un viol par quatre lâches ; s’il ne parle pas, ils recommenceront. Je comprends parfaitement les raisons de son silence et j’ose espérer également que vous avez pris des mesures disciplinaires contre ses agresseurs. - ils sont en isolement pour une semaine et vont passer en jugement ; leur peine sera alourdie. - je veux leurs noms. - il m’est impossible de vous les communiquer. Ce n’est pas à vous des les juger. Aucune plainte non plus n’est nécessaire puisque la parole du gardien suffira. Joe en a été informé. Le jugement prononcé, ils seront transférés dans une autre prison. - quand seront-ils jugés? Le médecin garda le silence, les mains croisées fermement, cependant il l’informa de la date. - Bien. Je veux le voir maintenant. Cela est-il possible au moins ? Son ton était devenu sarcastique. Le médecin hésita encore quelques secondes puis il se leva. Il ne put réprimer un soupir autant que Marietta avait du mal à contenir sa colère. - bien sur, il est encore à l’infirmerie. Cependant je dois vous prévenir…. - inutile. J’imagine dans quel état il est. Moi aussi j’ai été violée autrefois, dit-elle d’une voix tranchante.
A l’infirmerie où elle fut introduite, elle vit un petit tas recroquevillé sous un drap souillé de sang. A coté une infirmière lisait un magazine. - vous pourriez au moins changer les draps ! Lui lança Marietta. L’infirmière la regarda interloquée : - mais je viens de le faire ! Puis se tournant vers le médecin : - docteur ? - laissez les tous les deux un moment, c’est son amie. Attendez derrière la porte s’il vous plait. Je vous accompagne. Tous deux quittèrent la pièce.
Avec douceur, Marietta souleva les draps, elle vit Joe qui gardait les yeux grands ouverts. Elle s’assit à coté de lui, rapprocha sans bruit la chaise et se mit à lui caresser les cheveux avec beaucoup de tendresse. Elle le regardait. Elle lisait sa souffrance, sa peur, sa douleur, sa honte, son déshonneur. Elle lui laissa le temps de comprendre qu’elle était là, elle lui laissa le temps d’oser la regarder. Elle sut qu’il ne parlerait pas aujourd’hui. Alors elle parla à sa place, presque dans un murmure afin que plus aucune brusquerie ne lui parvienne jamais de cet endroit infâme. - Joe, mon chéri… Joe, je sais ce que tu ressens. Je connais ta blessure. Elle est la mienne, tu le sais. Je veux que tu saches… j’irai à leur jugement, je saurai qui ils sont avant qu’ils ne partent ailleurs. Ils ne s’enfuiront pas, je te le jure. Ils paieront pour ce qu’ils t’ont fait, ça aussi je te le jure. Même si le juge ne leur donne qu’une rallonge de quelques semaines, ils ne s’en sortiront pas. Je te le jure, je te le jure. Ce qu’ils ont fait est un crime, tu vas devoir vivre avec, comme moi je dois vivre avec ce qu’on m’a fait autrefois et avec ce qu’ils t’ont fait. La différence, c’est que je t’aime toi. Moi, je n’ai pas pu me défendre et personne ne l’a pu pour moi, car je ne m’aimais pas. Aujourd’hui je t’aime plus que tout au monde, par-dessus toutes les lois. Je vais te venger. Quand elle vit son regard implorant, elle comprit que même à ce moment là il s’inquiétait déjà pour elle, aussi elle lui répondit : - ne t’en fais pas, personne ne saura que ça viendra de moi. Je vais les punir à ma façon, parce qu’ils le méritent et parce que toi surtout tu mérites d’être vengé. Le malheur m’a appris beaucoup, il m’a donné l’ultime force. Maintenant le regard de Joe était interrogateur. - tu verras, tu l’apprendras. Ensuite, ce sera à toi de décider si tu veux vivre avec un être comme moi ou non. Je le ferai uniquement parce que je t’aime, et aussi -ajouta-t-elle avec un sourire enjoué- parce que cet acte me vengera de ce que l’on m’a fait subir. Et puis -reprit-elle de son ton sérieux - si je ne le fais pas, ils recommenceront. Ce ne sont que des crétins, incapables de se juger eux-mêmes, de comprendre la souffrance des autres. Pour eux, l’autre n’est pas un être humain, l’autre est un jouet. Je vais leur faire comprendre enfin ce qu’est un être humain… Et elle ajouta d’un air songeur : surtout quand il souffre. Son visage se pencha de nouveau vers lui, elle recommença à lui caresser les cheveux. - ne t’inquiète pas… ils vont apprendre, chacun à leur mesure. Je vais les écouter, essayer de les cerner et je déciderai ensuite ce que je leur infligerai. Je n’irai pas les voir dans leur cellule, je ne leur ferai pas cet honneur, il me suffira des les voir une fois et de les entendre. Ensuite ils seront obligés de ressentir la souffrance de l’être humain qu’ils sont en réalité, et ainsi nous aussi nous redeviendrons des êtres humains… car je suppose que pour le moment tu te prends pour une merde, n’est-ce pas? Joe éclata en sanglot. Il ne put que faire oui de la tête. - Par leur acte tu es lié à eux, c’est pour cela que tu te sens ainsi, mais tu n’es pas une merde Joe. D’ailleurs dans cette prison, comme dans bien d’autres, sont enfermés et torturés des gens bien, comme toi, qui sont souillés et salis à jamais. Mais nous, nous allons nous reconstruire et tu sais pourquoi ? Parce que nous nous aimons, tout simplement. Avec tendresse et respect. Nos corps revivront l’amour car l’amour est dans nos âmes. Il lui tendit les bras, ils restèrent enlacés une éternité.
Le jugement eut lieu peu de temps après. Marietta y assista au premier rang. Elle put dévisager chacun des quatre bourreaux et tous remarquèrent l’étrangeté de son regard et semblèrent en éprouver quelques inquiétudes. Sinon, ils affichaient un air goguenard, comme si le fait de se retrouver une nouvelle fois au centre des préoccupations de la justice les rendaient plus importants. Ils la défiaient, c’est ce qui leur importait ; ce que la justice leur infligerait n’était apparemment que secondaire car leur vie était d’être taulards. Un mois ou un an de plus derrière des barreaux familiers, qu’est-ce que cela pouvait faire ? L’audience dura plusieurs jours. Marietta ne regardait qu’eux, n’écoutait que leur parole. Elle les buvait des yeux et des oreilles. C’est ainsi qu’elle apprit à reconnaître le meneur, celui qui avait préparé « le coup » et décidé ses complices « à s’amuser un peu ». Aucun remord, aucun regret dans ses mots. Il était grand, musclé, assez beau garçon en pleine force de l’âge. Il ne semblait pas idiot, simplement pervers. Le juge fit la même déduction et lui infligea la plus lourde peine. « Tant mieux, se dit Marietta, j’aurai plus de temps avec lui… ». Le second était l’ami du premier, ils avaient grandis ensemble ; ce n’est pas lui qui avait eut l’idée le premier, mais il l’avait accepté comme si c’était la sienne. Il était encore plus musclé que son ami, les cheveux plus longs, la même taille, le même sourire goguenard. Très sûr de lui. « Tu verras, mon coco, se dit encore Marietta en elle-même, comme tu vas descendre bien bas…. ». Et un sourire discret se dessina sur ses lèvres lorsqu’il se rassit après sa déposition. Les deux autres étaient un peu plus chétifs, moins assurés, non pas qu’ils regrettaient leur acte, mais parce que le peu de coefficient intellectuel qu’ils possédaient leur permettait à peine de répondre à l’effort du raisonnement que leur imposaient le juge et l’avocat de la défense. Ils ne furent en rien aidés par le leur, commis d’office et apparemment très ennuyé d’avoir à perdre son temps avec de tels gogols. Le troisième était homosexuel, c’est le seul argument qu’il avança pour se justifier. « ah ah .. Tu aimes les hommes ? Les hommes vont t’aimer à l’envie mon chéri… ». Le quatrième, c’était simplement par protection : le faible s’était rangé du coté des forts pour ne pas subir le même sort. Et il en était fier, il avait franchi une étape, celle de dépasser sa propre peur en se rangeant sur la voie de l’agression gratuite. « Vantard qui plus est ! Mais pas longtemps : à force de parler, tu vas devoir faire tes preuves. Et les autres, les vrais durs vont te rappeler qui tu es, espèce de lâche… les nouvelles vont vites en prison, j’aurais au moins appris ça ! ».
Les jugements rendus apprirent à Marietta que les quatre seraient séparés et envoyés dans les multiples prisons construites depuis la mise en place du gouvernement qui régnait alors, en se justifiant sur la peur de la société envers une violence qui en fait avait toujours existé, mais que l’on montrait désormais tous les jours à la télévision.
Joe fut libéré dès sa sortie de l’infirmerie. Sans doute avait-on estimé qu’il avait assez payé… ultime humiliation qui renforça la colère de Marietta bien qu’elle fut heureuse de le recueillir avant que son mac ne connaisse la véritable date de sa libération. Elle le garda caché dans son atelier et l’accompagnait à chacune de ses sorties. Mais Joe n’étant pas encore remis de ses blessures physiques et psychiques, il préférait rester dans l’intérieur douillet que lui avait préparé Marie, comme il l’appelait. Elle s’occupa de lui, le chérissait et peu à peu il se remit à sourire, puis à parler. Il n’eut pas besoin d’évoquer ce qu’il avait subi, il savait qu’elle savait. Il se remit à lire, à faire des projets, surtout pour changer enfin de vie, quand il apprit que son mac était enfin en prison pour de longues années. Il pouvait respirer et même se remettre à plaisanter et à rire. Ce qui lui permit de s’apercevoir que Marie avait changé : elle ne peignait presque plus, et lorsqu’elle croyait qu’il dormait, ce qui lui arrivait peu en vérité car les cauchemars le réveillaient encore souvent, il la découvrait à demie assise dans son canapé préféré, en profonde méditation. Il crut au début qu’elle était en panne d’inspiration après le choc qu’ils venaient de subir tous deux et qu’elle réfléchissait à une nouvelle orientation de style artistique. Aussi ne la réveillait-il pas et commença à vivre quelques moments sans elle. Il osa enfin sortir seul, boire un café en ville, prendre le temps de lire les journaux, car Marie ne possédait et ne voulait posséder de télévision chez elle.
C’est par les journaux qu’il lisait quotidiennement qu’il commença à comprendre.
Quatre affaires étranges commençaient à occuper les premières pages des faits divers. Leurs étrangetés venait du fait de la similitude des faits alors que ceux-ci se déroulaient à des centaines de kilomètres de distance les uns par rapport aux autres. Et surtout, ils se déroulaient dans des prisons et étaient si particulièrement dramatiques qu’ils remettaient à eux seuls en question le système pénitentiaire de tout le pays, au point que des voix s’élevaient chaque jour davantage afin que des enquêtes sérieuses y soient mener, alors que d’ordinaires chacun se moque du sort des prisonniers, qu’ils soient innocents ou non…
Ce qui attira tout d’abord l’attention de Joe fut de connaître les noms des victimes. C’étaient ceux de ses agresseurs. Il avait eut le temps de les apprendre car ils avaient pris un malin plaisir à se présenter de manière courtoise avant de s’en prendre à son corps et à son âme. Et ces noms étaient à jamais gravés en lui, quoiqu’il ait pu faire jusqu’ici pour les oublier. Quand il lut ce qui arriva à l’un d’entre eux, il chercha à savoir ce qui était arrivés aux trois autres, aussi acheta-t-il les journaux régionaux respectifs, bien que ces quatre affaires prirent rapidement une ampleur nationale. Il s’intéressa au premier d’entre eux, celui qui avait tout organisé. Sa peine avait été rallongé à la mesure de ses responsabilités ; Joe, comme mue d’une bizarre compréhension de se qui était en train de se dérouler, ne fut pas surpris qu’il subit une longue et terrible punition. Marietta n’avait-elle pas évoqué le terme de punition ? Justement…. L’homme se mourrait très lentement d’un cancer généralisé, malgré tous les soins prodigués dès la détection du mal et qui normalement n’aurait pas du s’étendre à ce point. Les médecins ne comprenaient pas. Les psychiatres, appelés à la rescousse, non plus. L’homme n’avait jamais éprouvé le moindre remord de sa cruauté. Il avait même tenté de s’ en prendre à un détenu dès son arrivée dans la nouvelle prison. Ce qui bizarre est que son corps avait donné l’alerte de la maladie alors qu’elle n’était qu’à peine visible et aurait du passer inaperçue alors, d’où l’intervention précoce des médecins. Mais ceux-ci ne réussissaient pas à endiguer la propagation des cellules tueuses. L’homme souffrait deux fois : du fait de sa maladie, et aussi de l’acharnement thérapeutique dont il fut l’objet, car il était devenu malvenu de laisser un prisonnier malade sans soin en ces temps délétères où l’opinion publique se méfiait de plus en plus des initiatives gouvernementales. Joe s’étonna de trouver amusant de voir combien cette méfiance publique desservait en réalité le malade : celui-ci devait certainement désirer une fin plus rapide. Cela ne lui fut pas permis et il agonisa bien longtemps encore après la mort de ses trois autres congénères. Tout en suivant de loin cette lente et pénible décadence subie, Joe lut celles des autres qui, quoi que plus rapides, n’en furent pas moins atroces. Il se souvenait très bien du second, l’ami du premier. C’est même lui qui lui avait causé le plus de frayeur et de souffrances tant il était bâti comme un ogre. C’était un bel homme, nous nous en souvenons aussi. Il fut atteint de la lèpre. Oui ! De la lèpre ! Son corps rongé inexorablement par tous ses bouts, de manière inexplicable. Plus de cheveux, plus de lèvres ricaneuses, plus de pieds lourds et frappeurs, plus de poings non plus. Tout disparut. Jamais on ne constata une lèpre aussi dévastatrice, même dans les pays où cette maladie était courante, à moins que ce ne soit l’homme qui ne fut particulièrement résistant ! Pourtant, tous les jours il criait grâce dans sa cellule, il criait qu’on le mette à mort, qu’on le tue rapidement puisque de toute façon, apparemment, il n’y avait pour lui non plus rien à faire. Or, là aussi, les médecins s’acharnèrent à le garder en vie. Bah… il servait de cobaye, il aura eut son utilité pour la science…
Quant au troisième, l’homosexuel, Joe eut froid dans le dos lorsqu’il lut ce qui lui arriva. D’ailleurs, son histoire ne fut révélée que le plus tardivement possible à la presse tant les circonstances en étaient scandaleuses. Il avait abusé d’un homme parce qu’il préférait les hommes. Les hommes « l’aimèrent » donc beaucoup à leurs tours. Il en fut leur jouet jusqu’à en mourir d’épuisement. L’enquête révéla que même les matons y avaient « goûté »…ce qui souleva le tolet chez les mères de prisonniers homosexuels, du moins celles qui connaissaient la préférence sexuelle de leurs rejetons. Joe lui-même se mit à vomir dans le café où il lut l’article ce jour là. Le patron l’excusa, Joe était bon client et surtout il ne buvait que du café… C’était un mec réglo, juste un peu délicat, d’une étrange délicatesse d’ailleurs…
Bon… continuons, le martyre momentané de ce pauvre client ne s’arrêta pas là. Comme tout le monde, il suivait les quatre affaires. La quatrième fut révélée peu de jours après. La semaine fut éprouvante en sensation. On apprit qu’un homme avait était battu à mort par tous les prisonniers lors d’une promenade. Ce n’était certes pas la première fois que l’incident avait lieu, mais la dernière fois fut particulièrement…frappante. C’était comme si tous les hommes furent prit d’une folie meurtrière commune dirigée vers un seul homme. Il faut dire qu’il l’avait un peu provoqué, ce nigaud ! Il s’était vanté d’avoir maté un prisonnier, d’avoir été plus fort que lui alors que lui-même paraissait si malingre ! Les autres, d’abord par jeu, et aussi par le besoin de faire du sport (et dans ce cas la boxe était le sport parfait, additionnée ensuite par un peu de boxe thaïe), voulurent se mesurer à lui. Ils comprirent vite à qui ils avaient affaire : à un véritable malingre dont la seule réussite avait été de profiter d’une opportunité lors de son précédent séjour. Un malingre pas très malin donc, un vantard sans véritable prétention, qui devint bouc émissaire puis putching-ball à loisirs. Il finit donc par mourir aussi…mais là, Joe ne vomit pas, il devint simplement livide et demanda pour la première fois un alcool fort afin de se remettre.
Les deux dernières histoires marquèrent en premier les esprits, puisqu’elles fulgurèrent. Elles entraînèrent l’énervement de la population. L’excitation grandit lors de la révélation des deux premières, qui durèrent plus longtemps. La justice essayait bien de les garder secrètes, ou de les minimiser, mais il faut croire que certaines personnes sensibles côtoyaient ces lieux de malheurs, puisque leurs histoires furent racontées à la presse à sensation qui connut alors ses mois de réjouissances financières. Ainsi, se dit Joe dégoûté, le peuple avait-il réellement besoin de justice ? Plutôt d’histoires sanguinaires, oui… Quand on a vécu le malheur dans sa chair et son âme, on ne goûte pas tant que cela à ceux des autres, surtout si l’on n’y peut plus rien y faire. Mais enfin, cela eut pour effet positif l’arrêt du programme exagérément répressif du gouvernement dans une telle démocratie. Ainsi, se dit Joe : « d’autres gars comme moi ne subiront plus mon sort… ». L’intelligence populaire réclama à la place des prisons des centres de prévention, de cures et post cures, d’hôpitaux psychiatriques, etc. Le cancéreux finit par donner son dernier soupir ; des mois tumultueux passèrent, puis les années amenèrent un peu de calme. Le mal avait fait son œuvre qui pour une fois pouvait rendre fier : chacun prit ses responsabilités en main, et de plus sages décisions. L ’énervement prit fin et le peuple se remit à sourire.
Tout comme Joe. Et Marie, qui se remit à peindre. En réalité, elle vécut le processus inverse : elle se remit à vivre, à s’agiter et à penser. Mais Joe savait quels efforts intenses elle avait fourni en matière de pensées… Un jour il vint vers elle, lui prit son visage entre ses mains et lui dit tendrement merci. Ce fut tout. Ils n’en parlèrent pas. Ils se comprenaient, ils se savaient, ils étaient fait du même bois comme on dit. Maintenant que justice réelle avait été rendue, peu importait à Joe comment avait procédé Marie. Elle l’avait fait parce qu’elle avait atrocement souffert elle aussi. Elle ne lui en avait pas raconté davantage qu’il lui avait rapporté sa souffrance, et c’était bien inutile. Elle avait agit pour eux deux, parce qu’ils étaient un, telle une évidence. Leurs blessures seraient toujours présentes, mais atténuées. Leurs esprits apaisés, ils purent se remettre à vivre, mais ils restèrent toujours un peu cachés. Ils vécurent longtemps, heureux, mais ils n’eurent pas d’enfants, tant mieux sans doute…
Etre en paixOn ne peut pas dire que j'écrive grand chose en ce moment ; je pense avoir gagné une guerre longue de 20 ans, la guerre contre la dépression et l'obsession du suicide. Je me sens apaisée, si bien que je savoure cette santé que je n'espérais preque plus et qui en réalité a dépassé toutes mes espérances. Ca fait tout drôle, c'est comme un reformatage de mon cerveau ! Alors j'ai laissé de côté l'écriture et la peinture pour le moment, mais elles sont en moi et n'attendent que le feu vert ; en fait de feu vert, ce sera un véritable feu d'artifice ! Une explosion de vie dûe à la libération de mon esprit n'étant plus pollué par les idées morbides. En attendant, je vous offre à lire mes nouvelles écrites ces derniers mois, avant ma renaissance. Bisous à tous. |
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