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31 agosto

MOZART-Le Requiem

Lundi rendez vous devant le juge des affaires familiales. Voila ce que je ressents: 
 
25 agosto

Philadelphia

Philadelphia, une musique superbe pour accompagner un film plus qu'émouvant. Je la sors de son contexte pour exprimer mon amertume en ce qui concerne la place des artistes créateurs, en l'occurence votre humble servante, des laissés pour compte. Pour moi l'art est ma respiration, ma nourriture. Mais je ne gagne pas assez ma vie pour acheter de quoi créer : les toiles, les couleurs, les pinceaux. Mon coeur et mon âme crient famine. Je pleure interieurement. Mais je continue de créer, dans mon esprit. Mon charactère fait que je me bats, toujours, envers et contre tout. Je suis accaparée de tous les côtés, je n'ai pas de vie intime, je ne suis pas libre, sauf dans ma tête. Mais j'ai besoin d'être seule pour pouvoir agir et créer. Aujourd'hui je ne suis pas bien. En plus, à cause de l'ostéome qui grossit j'ai mal à la tête et j'ai du reprendre du codoliprane, médicament dont j'ai dû me sevrer l'année dernière ; il n'y a que ce médicament pour me soulager. Je suis de nouveau intoxiquée. Je pense que même libérée de cette foutue maladie qu'est la dépression, je resterai une marginale, parce que je ne peux m'empêcher de faire autrement que la plupart des gens. Les artistes sont souvent seuls, ce n'est pas pour autant qu'ils aiment la solitude ; c'est leur particularité d'esprit qui les condamne à l'être, par manque de compréhension de leur travail. L'art n'a plus rien à faire dans ce monde si formaté.
 
Bruce Springsteen-Street of Philadelphia
envoyé par valentin73
 

Pour nous les sourds

Noir Désir.
    

La Corrida

 Etre bien n'empeche pas le sentiment d'injustice, la colère contre la bêtise, la lacheté. Oui je l'affirme : il n'y a rien d'honorable à se battre contre un torro à plusieurs, avec des armes blanches alors que la bête est restée suffisamment longtemps dans le noir pour être aveuglée par la lumière qu'elle s'en trouve déboussolée. Le jeu est écrit d'avance, la bravoure est trichée. Les gestes des torreros sont beaux certes, mais seulement avant la mise à mort. Après, effectivement, ce sont "des minus". J'ai beau me creuser la tête, avoir écouté quelques afficionados : je ne comprends pas cet engouement pour cette torture. Je me mets à la place du torro, je lutte car j'y suis bien obligé, malgré la douleur, l'affolement, le cauchemard de la situation : mais qu'est-ce qu'il se passe ? les hommes qui me laissaient brouter tranquilement dans les paturages se mettent à jouer avec moi, on dirait qu'ils se moquent. Et les autres hurlent... on dirait des Romains regardant des gladiateurs. Certains vont mourir mais on dirait que ça les amuse. Je ne comprends pas, je ne comprends pas.....
Francis Cabrel - La corrida
envoyé par phgabin
 
19 agosto

Dany Boon-le Déprimé

Rions un peu...
  
16 agosto

En panne

   

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En panne

 

Citer

En panne
    Depuis mars je n'ai pas peint. Je pensais reprendre la peinture avec la reprise de mon travail de nuit, mais je n'y arrive pas. Même pas à écrire. Je suis guérie mentalement (en grande partie), je n'ai plus envie de me tuer, mais... je ne crée plus. J'ai perdu mes repères, je ne sais plus où j'en suis. Je sais qui je suis : une artiste. Seulement l'égoïsme qui me maintenait en vie n'a plus lieu d'être et je ne parviens pas à l'utiliser pour me concentrer sur mon travail d'artiste. Je m'ennuie. Je tourne en rond. La nuit, je suis loin de Ti Clown mon ange et de mon fils, en Espagne en vacances avec son père. Je devrais m'en foutre, me dire que ce n'est que passager, mais je n'y parviens pas. Ma seule emprise sur ma vie est l'anorexie. Je me suis remise à maigrir, c'est la seule chose que je controle. C'est comme si ma vie s'était vidée. Alors j'écoute de la musique, je l'entends, elle me parle de la vie et de ses contradictions, car j'aime la vie, il n'est plus question que je la suprime. Mais l'Art ? Qui suis-je sans l'Art ? rien, personne, tout le monde...Je jouis de la vie, de l'instant présent, cependant une grande part de moi-même ne s'exprime pas. Elle est là, c'est certain, j'attends le déblocage. Je crois savoir que ce que je vis est tout à fait normal, mais ça n'en reste pas moins pénible. Mes oreilles claquent, la tête tourne, comme aux temps des grands stress lorsque j'ai quitté mon ex. Le bonheur est présent pourtant. Je me sens paumée. Attendre, combien de temps ? Bon, pour finir sur de bonnes notes, voici quelques morceaux de guitare....
 
13 agosto

autre interview de Boy George

  Tout ce que je comprends en gros parle de la tolérance. J'en déduis que si les êtres humains en aiment d'autres qui sont très différents d'eux, Dieu lui même les aiment aussi. Je sais intimement que Dieu est amour mais il existe un passage dans l'épître de Paul (nouveau testament) que les homos sont des parias, je ne comprends pas pourquoi une parole aussi cruelle soit écrite dans cet ouvrage. Jésus a dit : "Aimez vous les uns les autres", il s'agit du premier commandement. Paul est un apôtre très considéré par les chrétiens mais il se trompe. Boy George est serein, il s'assume tel qu'il est, il est heureux et sa sérénité s'entend et se lit sur son visage : pas de vice ni d'obsénité dans ses chansons, pas de haine ni de rancoeur. Au contraire, beaucoup d'humour et de tendresse, il cherche à se faire comprendre et à faire comprendre que les travestis ne sont pas des monstres. Il parle de paix. Alors pourquoi tant de haine juste pour une question de religion ? Hélas, la question ne date pas d'hier et restera en suspens encore longtemps ...
12 agosto

Ma nouvelle muse ?

  Quelqu'un peut-il me traduire ? J'ai juste compris "make up". Il parle vite et comme j'entends pas bien...
11 agosto

Docteur House

     Cette série parle d'humanité dans son infinie diversité. L'humanité des patients en danger de mort, celle des soignants également. Un cours passage de scène d'amour physique parce que la docteresse est en détresse. Tous sont des praticiens experts mais ils sont de simples humains avant tout, ils ont leurs faiblesses, leurs égos, leurs doutes surtout. Malgré tout, ils se battent jusqu'au bout pour sauver la vie de personnes qu'ils apprennent à connaître peu à peu jusqu'à leurs vices. Mais c'est en prenant connaissance de ceci et en ne les jugeant pas qu'ils parviennent à les sauver. Le Docteur House est lui même handicapé et se drogue pour atténuer sa douleur, une douleur essentiellement psychologique comme le montre un des épisodes où son supérieure la docteresse Cudy lui avoue lui avoir administré un placébo, ce qui soulagea House. Vous pouvez voir dans le menu un passage nommé " le docteur House est un homme très occupé!" :il jongle, joue aux jeux vidéo, écoute de la musique, tambourine sur son bureau, jongle encore avec n'importe quoi, fait tourner sa cane comme une majorette, regarde la télé... en vérité, il se vide le cerveau pour mieux se concentrer. Car tout son temps est consacré à son travail de diagnosticien. Il n'a pas d'ami en dehors du Dc Wilson. Il se montre très dur envers ses collègues, moqueur, narquois, mais ce n'est qu'une façade qu'ils ont appris à déchiffrer : il leur demande tout simplement de le contredire ou bien de leur donner tout ce qu'ils savent dans chacune de leurs spécialisations (cancérologie, allergie, système nerveux, cerveau etc...). Il se donne à fond et n'a pas peur de mettre son job en jeu pour éviter une intervention inutile qui pourrait laisser des séquelles aux patients. Lui même boite à la suite d'une erreur de diagnostic, il connait donc les conséquences d'un travail baclé ou hatif. Ce n'est guère la reconnaissance qui l'intéresse, mais plutot de comprendre l'enchaînement inhabituel d'un ensemble de symptômes souvent contradictoires qui affectent un patient. Il cherche, travaille en équipe, va même jusqu'au domicile des gens pour connaitre les facteurs éventuels de leurs maladies, parfois même il va jusqu'à les brutaliser pour qu'ils avouent l'inavouable et tout cela pour leur sauver la vie. En général, à la fin, on ne les voient jamais le remercier.
C'est cet esprit d'abnégation de soit et d'égo qui m'intéresse, se donner à fond à ce que l'on croit juste et doué, sans reconnaissance ni même un petit remerciement.
 
Du temps où j'exerçais le mêtier d'éducatrice auprès des jeunes sourds, il fallait avoir du charactère, du tempéramment et j'en avais, je me donnais à fond. Il n'existe pas d'autre manière si l'on veut bien faire son job et je prenais souvent des claques en même temps que j'en donnais (façon de parler bien sur), c'est ce que demandent les ados pour éprouver votre force, vos limites pour ensuite vous confier des drâmes dont ils sont victimes car ils sentent alors que vous êtes en mesure de les soutenir. Mais je n'avais pas le recul du Dr House, moi je voulais être aimée ; je savais bien que ce n'était pas bon, mais c'était plus fort que moi. Alors j'ai dû arrêter ce mêtier qui me pompait mon âme et mon énergie physique. Seulement je suis fière d'avoir contribué à éviter quelques mariages forcés, à montrer aux sourds qu'ils ne sont pas nécessairement destinés à travailler comme "agent d'entretien" ou dans des bureaux. Il faut de la maturité pour travailler avec l'être humain.
 
J'en ai marre d'exposer. On me dit : "c'est bien continue, c'est très beau bla bla....". Maintenant je m'en fous de ce que peuvent penser les autres de mon travail d'artiste. Je suis passé au delà de toute considération extérieure de reconnaissance. Je vais peindre pour moi, avec une profonde sincérité, en pleine phase avec moi meme car je sais que j'ai raison. C'est ça le bonheur et ça suffit amplement.
10 agosto

Des boutons

DES BOUTONS

 

Elle est tombée amoureuse d’un garçon fascinant, riche d’une vie tellement pleine que s’il acceptait que sa vie soit racontée, il faudrait écrire plusieurs tomes. Pour le moment ils n’en sont pas encore là. Ils se découvrent. Ils s’aiment et se fascinent mutuellement. Lui aime en elle sa soif de vivre, mais aussi celle de mourir et donc les multiples entreprises, sans retenue, de ses désirs tels que la peinture, l’écriture, les pratiques sexuelles diverses sans tabous non accompagnées d’immoralité, bref son désir de vivre libre et intensément. Elle, aime l’audace de son passé et le goût de la vie qu’il en a gardé, ainsi que sa largeur d’esprit. Elle ne s’était jamais sentie aussi libre d’être elle-même avec un homme. Elle est heureuse d’avoir enfin pu connaître un tel être car elle ne peut vivre seule ; en effet, n’ayant pas peur de la mort, vivre avec un homme est le seul moyen qu’elle ait trouvé de poursuivre ses jours le plus loin possible.

Tous les jours ils s’aiment, tous les jours plusieurs fois avec toujours la même intensité. Il faut dire qu’ils viennent de perdre quelques années à vivre avec des partenaires n’ayant aucun goût pour le sexe. Alors ils rattrapent le temps perdu. Ils s’aiment passionnément, ils se dévorent, mais n’allez pas croire qu’ils s’engloutissent dans leur amour ! C’est tout le contraire : ils se donnent l’un à l’autre guettant chez l’autre le plaisir donné, le soupir, le sourire voire le rire à la fin. Longtemps après que ce soit fini, ils restent les bras l’un dans l’autre, même à cet instant là ils n’arrivent pas à se quitter. Avec lui elle a appris à aimer la fellation. Auparavant elle trouvait cela dégradant, il lui a montré qu’avec lui cela n’avait rien à voir avec de la soumission puisqu’il ne l’a jamais forcée. Elle l’a fait une fois décidée, volontaire ; ce fut très court au début, puis de plus en plus longtemps, rassurée par ses caresses et son sourire et surtout du fait qu’il n’insiste pas lorsqu’elle décidait d’arrêter. Puis elle y a pris du plaisir, à son grand étonnement. Aujourd’hui elle suce son sexe après l’amour afin que l’amour recommence. Ils le font ainsi deux ou trois fois à la suite. Ils leur arrivent de le faire même six fois par jour ! Oh bien sûr, les premiers jours une telle fougue n’était pas possible, leurs sexes brûlaient faute d’habitude. Mais peu à peu ils y sont parvenus. Sauf s’ils doivent sortir ensuite, elle ne se lave pas, préférant garder l’odeur de leur union jusqu’au lendemain matin. Lui lave juste son sexe pour qu’elle ne sente pas l’urine quand elle le reprendra dans sa bouche. Mais de son passé il n’a pu se défaire de son habitude de prendre deux douches par jour. Elle le trouve courageux car dans l’hôtel minable où ils se sont réfugiés, l’eau est froide à partir de midi. Ils aiment leurs odeurs, la texture de leur peau, elle n’a jamais senti un homme la caresser avec une telle douceur, ni la regarder lorsqu’elle se réveille (ce n’est pas un gros dormeur), lui est ébloui par sa tendresse et sa capacité à jouir avec tant de gourmandise. Il la trouve belle, il la fait rire. Il la regarde quand elle rit mais aussi quand elle est pensive car c’est une cérébrale, elle a toujours un tableau ou un récit en construction dans sa tête ; il respecte ses moments d’éloignement, il sent qu’ils sont nécessaires à son fragile équilibre. Elle a d’ailleurs choisit de travailler comme veilleuse de nuit pour avoir le temps de mettre en forme ses pensées. Un jour, rêve-t-elle, elle les fera vivre de son travail nocturne et ainsi resteront-ils toujours ensemble. Sa seule inquiétude : comment se motiver à s’éloigner de lui pour continuer à travailler… mais chaque chose en son temps !

Viennent le temps des vacances. Faute d’argent, ils ont accepté de garder une maison à la campagne pendant que les propriétaires partent au bord de la mer. Ce n’est pas qu’ils aiment spécialement la campagne, mais ils éprouvent le besoin de s’éloigner de la jalousie harcelante de leur ex partenaires qui les poursuivent encore. Ils seront au calme, elle pourra peindre pendant qu’il jardinera. Mais surtout la maison est grande, bien isolée ; ils pourront faire l’amour dans toutes les pièces à tout moment, sans voisins à protéger de leurs cris de jouissance, cool !

A leur arrivée, ils sont accueillis par des propriétaires soucieux qui ont préféré reporter leur départ au jour suivant afin de bien transmettre les consignes de sécurité ainsi que des détails de leurs habitudes de rangements, de l’utilisation des appareils électriques et du gaz, « surtout ne pas oublier de fermer les volets la nuit et à chaque sortie, et puis vous voyez cette fenêtre, elle coince un peu, il faut la soulever avant de la fermer ; quant à la porte d’entrée, il arrive parfois que la poignée tourne dans le vide, il y a un jeu dans la serrure…. ». Ils en rient en silence et pour rassurer les propriétaires, notent tout sur un carnet. Ceux-ci leur ont alloués une chambre au grenier, tout juste propre. La maison est encore en rénovation et visiblement le grenier passera en dernier… mais qu’importe, ils se sauveront ailleurs dès qu’ils seront seuls !

Manque de chance, le lendemain un des jeunes enfants du couple tombe malade. Leur départ est reporté. Tout le monde doit cohabiter encore quelques jours. Le grenier devient leur seul refuge et encore doivent-ils attention à ne pas se laisser aller à trop d’expressivité dans leurs débats car les chambres des propriétaires et des enfants sont juste en dessous… Pour leur montrer leur bonne volonté, ils tiennent à participer aux tâches ménagères et prouver ainsi que la famille pourra partir tranquille bientôt. Lui se permet même de donner quelques conseils de jardinage et d’émettre quelques projets d’arrangement, ce qui satisfait grandement monsieur. On se dépêche de soigner le petit grippé, les uns voulant partir au plus vite, les autres en manque d’exercice en chambre et d’intimité. Il serait temps : elle a constaté la venue d’étranges boutons sur sa peau. Elle a d’abord pensé aux moustiques, mais le temps est pluvieux et elle a fermé la fenêtre pour conserver un peu de chaleur. Elle a cherché des puces dans le matelas, les draps et la couette : rien. Elle a repassé l’aspirateur, à la recherche d’araignées, longtemps jusqu’à en transpirer. Les boutons, peu nombreux mais assez gros pour la gratter, s’étalent sur ses jambes, ses bras, son bas ventre et même sous un sein ! Bientôt elle ne supporte plus de dormir nue. Elle remet son pyjama dès qu’ils ont fait l’amour. Lui heureusement n’a rien, aussi peut elle toujours fourrer son petit museau dans les poils de son torse. Mais ça la gêne de se montrer nue maintenant avec tous ces boutons rouges, surtout au moment de la douche. Elle a peur qu’il la croit sale, elle a peur d’avoir une allergie.

Soudain, une pensée effrayante lui traverse l’esprit. Les boutons n’apparaissant qu’après la nuit et qu’elle dort toujours contre lui, ne serait-elle pas devenue allergique de son corps à lui ? Ce corps tant chéri ? comment le savoir puisqu’elle ne peut se passer de lui ? Tant pis, elle se soulage avec du gel anti-moustique, espérant secrètement que ces maudits boutons disgracieux viennent de la matière du vieux matelas ou d’une allergie à la vielle peinture écaillée des murs bas du grenier. Elle ne peut se passer de lui et surtout ne supporte d’imaginer que l’allergie puisse venir de leurs contacts répétés, du frottements de leurs corps, du mélange de leur sueur.. Ce serait trop cruel. Et même si c’était cela, ils continueraient à s’aimer. Lui n’a pas peur d’être contaminé, il s’en moque. Ils savent très bien qu’ils vivent là leur dernier amour et que si celui-ci venait à s’éteindre, l’essence de leur vie viendrait à s’éteindre inévitablement. Il ne lui en pas, il l’aime trop pour lui tenir responsable de quoi que ce soit, il partage sa douleur, la soigne, l’entoure d’encore plus de tendresse si c’est possible. Sa souffrance est devenue la sienne. Rien ne va plus d’ailleurs dans leur vie depuis qu’ils s’aiment, hormis le fait que leurs corps et leurs esprit s’accordent comme s’ils étaient « des clones » dit-il. Alors ils vivent cet amour à fond, ne s’en privent pas. Lui dit en riant qu’il durera 125 ans, elle, plus pessimiste, ne va pas si loin ; c’est normal pour une suicidaire… il lui demande ce qui justifierait son suicide, elle répond : le temps qui passe et gâche tout.. Tout est contre eux, comme si leur amour extraordinaire était illégitime, beau comme un paradis et chacun sait que le paradis n’est pas de ce monde.. Voilà pourquoi peut-être la grippe du petit, l’été pourri, ces boutons incompréhensibles. De nature angoissée, elle ne trouve de réconfort que dans ses bras à lui, entourée de la chaleur de son corps, respirant son odeur. Elle aime comment il l’aime et elle sait que c’est réciproque. Voilà donc aussi pourquoi même si elle était allergique de ce corps, elle ne pourra s’en séparer. Elle acceptera de souffrir et restera auprès de lui.

D’ailleurs, mis à part les boutons, leur santé s’est améliorée depuis qu’ils se connaissent. Elle était tombée dans l’anorexie, maintenant elle mange un peu mieux et a repris du poids. Lui a toujours des problèmes cardiaques, les trois valves qui lui ont été posées resteront toujours, mais son cœur bat à un rythme plus régulier, il se sent moins fatigué, les traits de son visage sont moins tirés. Et surtout il a retrouvé son humour. C’est un être tellement sensible qu’il était capable de pleurer au téléphone lorsqu’il habitait encore chez son ex. Aujourd’hui il n’arrête pas de plaisanter, de chanter (faux) et de danser (tout aussi mal !), il est si drôle ! Elle essaie de prendre exemple sur lui et d’apprendre à relativiser les soucis du quotidien. Après tout, il a raison, rien n’a vraiment d’importance, rien n’est vraiment si grave ! Cela lui prendra du temps, mais elle sait qu’un jour ses nuits ne connaîtront plus d’angoisse. Déjà ses dessins sont plus gais, elle trace des sourire sur des visages sereins. Ses toiles portent des couleurs plus vives. Pour l’instant, elle n’a pas le temps de peindre, tout juste celui de dessiner pour calmer ses angoisses la nuit tombée.

Enfin, le petit est guéri. Les parents, à la fois rassuré sur son état de santé et sur le sérieux des nouveaux gardiens des lieux, ont donné le signal du départ. Ils s’en vont.

Ils sont libres pour un peu plus de trois semaines. Plus de cris d’enfants, plus de stress de la part des adultes, plus de gênes de la part des locataires. Au début le silence et leur liberté les étourdis un peu. La porte refermée, ils restent quelques secondes à la regarder ; puis ils se tournent l’un vers l’autre, se regardent, se sourient de bonheur. Elle lui prend la main et le conduit dans le salon : là se trouve un canapé en coin très long recouvert d’un plaid très doux. Avec un regard malicieux elle le recouvre d’une serviette de bain. Puis elle ferme les volets des fenêtres donnant sur la rue et lorsqu’elle revient, elle le trouve nu qui lui tend les bras; elle s’allonge auprès de lui, ils s’enlacent, s’embrassent, se respirent, se caressent longtemps. Elle lui prend le sexe, le baise et le suce ; il renverse la tête de plaisir et se mord la lèvre inférieure, ce qui la fait rire. Puis, longtemps après, elle l’invite à la prendre en levrette. C’est leur position préférée. Plus tard, elle viendra sur lui, ils regarderont leurs sexes se joindre et s’éloigner tour à tour, ils se disent que c’est si beau ! Elle s’amusera à jouir sur lui à la verticale ou encore à l’horizontale pour que son clitoris soit caressé lentement. Il la retournera et finira de jouir sur elle, de plus en plus fort. Ils auront le dernier orgasme ensemble. Longtemps il restera sur elle, tous deux haletants. Il la caresse encore, pour la calmer car elle a des spasmes, elle jouit encore après que ce soit fini. Ils referont l’amour jusqu’à épuisement.

Ils le referont tous les jours, dès le matin jusqu’au soir, avec pour seules pauses aller chercher le pain et le journal, boire un café au passage, puis rentrer arroser le jardin, le désherber un peu, fumer dehors (la famille est non fumeuse et ils respectent le fait de ne pas supporter l’odeur du tabac froid dans une maison qui n’est pas la leur), puis rentrer au chaud parce qu’avec toute cette pluie qui tombe, ils ont froid.

Peu à peu leurs esprits se calment, ils font connaissance avec une certaine tranquillité. Comme le ciel veut rester gris, ils ont choisit de lui répondre en laissant les volets fermés, éclairant la maison de la lumière chaude des multiples lampes de chevets, ce qui lui donne un aspect calfeutré, amical. On dirait même que la maison elle-même se sent soulagée de vivre autre chose, autrement, quelque chose d’insolite mais de rassurant. On dirait qu’elle a dit oui à leur amour.

Les boutons ont disparu. Le corps est redevenu lisse, propre, beau. Ils s’en étonnent tous les deux tout en voyant la preuve qu’ils ont eut raison de rester là à faire ce qu’ils avaient à faire, seuls, isolés, abrités. Elle s’est remise à dormir nue dans ses bras. Elle est heureuse et soulagée de pouvoir enfin garder son corps contre le sien durant des heures, même celles inconscientes du sommeil.

Mais au fond, boutons ou pas boutons, ils savent qu’ils ne pourront se passer l’un de l’autre et que si l’un vient à mourir, l’autre le suivra. Comme des vieux. Sauf que par la force des choses, du fait des conditions difficiles de leurs vies, ils ne seront jamais vieux…

 

 

La puissance

LA PUISSANCE

 

 

C’est à l’âge de 10 ans que David prit conscience de son don.

Ses parents, sa sœur et lui se rendaient en voiture chez des amis lorsqu’il aperçu sur les marches du perron d’une maison quelqu’un qui mangeait un yaourt. David adorait les yaourts, voilà pourquoi il s’attarda aussi longtemps que lui permit la vitesse de l’auto sur cette image, enviant cette personne car il avait faim. Puis, juste avant qu’elle ne disparaisse, il eut le sentiment étrange d’entrer dans son esprit, il goûta la saveur vanillée du laitage, mais aussi l’ennui qu’elle éprouvait, sa lassitude. Une tristesse infinie et inhabituelle chez lui l’envahit et il en fut tout chamboulé. Il se remit en place si soudainement sur son siège que sa sœur se retourna vers lui et vit qu’il était blanc comme un linge.

- ça ne va pas David ? Tu as mal au cœur ? Lui dit-elle. Elle avait trois ans de plus que lui et en prenait soin car elle aimait profondément son petit frère.

Comme il ne répondait pas et restait figé de stupeur, ruisselant de sueur, elle appela sa mère. Quand celle-ci vit son fils, elle demanda à son mari d’arrêter l’auto afin de lui faire boire un verre d’eau et qu’il puisse sortir prendre un peu d’air.

- que se passe-t-il mon chaton ? Lui demanda-t-elle.

Il se mit enfin à bégayer :

- je.. Je ne… sais..euh …pas… l’autre, elle mangeait son ya..yaourt et…

Sa mère attendit qu’il se calme, sans rien comprendre. Elle commençait à s’alarmer car elle n’avait jamais vu son fils dans un tel état de stupeur. C’était plutôt un garçon enjoué, un peu turbulent même, enfin bref : vivant comme un enfant de dix ans. Elle lui caressa la tête, sa sœur lui prit l’épaule, il se sentit rassuré et recouvra ses esprits.

- ça va mieux merci… ce n’est rien.

- tu es sur ? N’es-tu pas trop fatigué ? C’est la fin de la semaine après tout…

En voyant combien sa chère mère et sa sœur paraissaient préoccupées, il s’en voulut d’avoir été trop émotif et se secoua.

- non non, dit-il d’un air gai, allons chez les copains; justement j’ai envie de les voir moi aussi ! C’est une très bonne idée. Allez, en route !

- bon…

Et c’est vrai qu’il avait besoin de se distraire. Il adorait les enfants des amis de ses parents et il était sûr de bien s’amuser.

N’empêche qu’il n’oublia rien de ce qui s’était passé et son visage garda des traces de son trouble et creusa des rides sur son front, ce que ne manqua pas de remarquer sa sœur. Elle se décida à lui faire crever l’abcès. Bien qu’il sache qu’elle n’était motivée que de bonnes intentions, il eut du mal à se confier.

- tu vas dire que je suis bête…

Elle éclata de rire.

- mais non voyons ! Je m’inquiète un peu, c’est tout. Je sens que tu portes quelque chose de lourd en toi et j’aimerai t’aider à t’enlever ce fardeau.

- c’est quoi un fardeau ?

- ben, justement, quelque chose de lourd…

Il soupira.

- ah ça oui, ça pèse …

- alors, qu’est-ce que c’est, dis-moi, l’encouragea-t-elle en lui entourant les épaules avec son bras.

Rasséréné par cette bienveillance, il se lança :

- eh bien… c’est pas facile à raconter… tu te souviens de l’autre jour quand nous sommes allés chez nos amis et que j’ai eu comme qui dirait un malaise ?

- oui, je m’en souviens, je me doutais même que ça venait de là.

Il regarda sa sœur avec admiration et alors il se sentit complètement en confiance. Il continua sur un air plus vif :

- eh bien en fait, je venais de voir une fille qui mangeait un yaourt !

Sa sœur s’étonna :

- et c’est ça qui t’a mis dans cet état ?

- non ! Bien sur que non. En fait… comment t’expliquer ? Euh.. Et bien, c’est comme si j’étais entré en elle, dans cette fille ! J’ai ressenti tout ce qu’elle ressentait à ce moment là, juste le temps que je l’ai vu ! Et elle était triste si tu savais !

- ah bon? Et pourquoi ?

- je ne sais pas ! Mais c’est pas ça l’important !

Sa sœur se secoua la tête, comprenant son idiotie.

- oui, bien entendu, suis-je bête des fois… mais comment se fait-il que tu aies ressenti son émotion ? Tu la connaissais ?

- non ! Je ne l’avais jamais vu avant ! C’est ça le truc : c’est comme si j’étais elle alors que je ne sais même pas comment elle s’appelle, qui elle est. Je ne sais même pas comment ça m’est venu ce truc !

- et c’est la première fois que ça t’arrive ?

- oui, et ça fait un choc, je te jure !

- nous l’avons bien vu….

Ça alors…. Son frère possédait un don de voyance maintenant ! C’était extraordinaire ! Quelle chance il avait !

C’est ainsi qu’elle vit la situation au premier abord :

- c’est fabuleux David ! Extraordinaire même !

- mais pourquoi ?

- mais parce que…. Parce que…

Et alors son visage se figea à son tour. Il prit comme la couleur de la terreur.

- QUOI ? Lui cria son frère.

- mais parce que dorénavant David… si tu sais entrer dans l’esprit des gens, tu as tous les pouvoirs sur eux !…

Il se mit à réfléchir, perplexe.

- ah… je n’avais pas envisagé les choses comme ça…

- non, parce que tu as dix ans, tu es encore un enfant, tu es encore innocent. Mais lorsque tu auras grandi, comment vas-tu utiliser ce don ?

- qu’est-ce que tu veux dire ?

- eh bien, vas-tu t’en servir pour aider les gens ou les manipuler ? Vas-tu l’utiliser pour eux ou contre eux ?

Soudain elle se planta face à lui et lui saisit fermement les deux bras.

- David, tu es encore jeune, mais réfléchis déjà à ceci : il va falloir que tu choisisses entre le mal et le bien ! C’est une très grande responsabilité de posséder un tel don ! Le pouvoir, David ! Le pouvoir ! Beaucoup d’hommes rêvent de l’avoir et courent après. Seulement pour quoi faire ? A quelle fin ?

Il commençait à comprendre, mais très très vaguement.

- ben alors, c’est naturel non? Que j’ai ce don, c’est juste une aide en plus, c’est tout…

- la vie t’apprendra, David. Je te fais confiance, tu es un bon garçon au fond de toi…

 

Et de ce fait, il apprit vite, car il était en outre loin d’être idiot. Dès le lendemain, à l’école, son maître leur soumis un problème de robinet et de baignoire mal bouchée. Lassant, ennuyeux, énervant… David était las, toutes ses émotions récentes l’avaient fatigué. Cependant il eut une sacrée présence d’esprit et il se dit en lui-même : « ah tu veux que je te donne la solution de ton problème à la noix ? Eh bien donne la moi d’abord ! ». Il prit sa tête, la pencha légèrement vers sa table pour faire croire qu’il lisait le problème, mais en vérité il se mit à regarder intensément le front de son maître. Et ce qu’il y lu lui donna la nausée ! Au lieu de penser au problème, qu’en fait il connaissait déjà pour y avoir réfléchit deux jours auparavant, son maître se ressassait l’excellente soirée qu’il venait de passer la veille avec sa jeune épouse ! Il leva faiblement un doigt et l’appela :

- m’sieur….

- oui David?

- me sens pas bien… Il n’eut pas le temps de finir sa phrase et vomit sur sa feuille, dégoûtant son voisin qu’il gicla par la même occasion.

 

Ainsi, il fut l’un des premiers de sa classe à comprendre qu’il n’était pas toujours bien venu de tricher…

 

 

Bien sur, David grandit. Avec son don. Après sa première mésaventure, il s’abstint de l’utiliser et essaya même de l’oublier. Mais la tentation fut trop forte : il était curieux. Il se mit à lire des livres évoquant la parapsychologie, regarder des documentaires à la télévision racontant les expériences de gens qui voyaient, pas toujours à sa manière, mais ce qu’il cherchait était l’utilisation qu’il pourrait en faire. Heureusement, sa sœur veillait sur lui. Oh, pas de trop près pour ne pas l’étouffer ni l’agacer, mais elle fit attention à ce que son petit frère ne tourna pas mal. Elle-même réfléchit à la question, elle se sentait obligée de le faire, car elle le devinait si tourmenté ! Jamais il n’évoqua sa particularité à ses parents, car il avait momentanément perdu confiance dans les adultes, après avoir constaté les cochonneries qu’ils étaient capables de faire. Mais il devint adolescent et à son tour il connut les mêmes troubles qu’eux. Il pardonna à son ancien maître. Cependant, durant de longues années encore, il ne fit confiance qu’à sa sœur.

- c’est quand même terrible ! Lui dit-il un jour. Je me suis tellement entraîné que désormais je suis capable de lire dans l’esprit de n’importe qui !

Elle se mit à rougir ; il la rassura tout de suite :

- t’en fais pas petite sœur. Je ne le dirai pas aux parents… mais fait gaffe, il en attend plus, il est même assez pressé…

Elle lui sourit, amusée:

- je te remercie. C’est fou en effet !

- oui, j’en suis même arriver à m’entraîner à ne pas entrer dans l’esprit des gens, à en perdre l’automatisme. Ce qu’il faudrait, c’est que je le fasse quand ce serait utile…

Son visage s’illumina.

- voilà la solution ! S’écria-t-il. C’est cela !

- quoi ? Quoi? Quoi???

- petite sœur, je vais devenir Profiler ! Bien sur, je pourrai aussi me mettre à mon compte et filer des gens pour des commanditaires afin de connaître leurs secrets et les leur retransmettre, mais ce serait quelque part malhonnête. Tandis que Profiler !

- d’accord avec toi, mais en général les Profilers sont appelés pour rechercher les assassins, les définir sans les avoir vu au préalable…

- oui, mais si tu regardais les films policiers autant que je le fais, tu saurais que les assassins reviennent toujours sur les lieux du crime !

- David, la vie n’est pas un film…

- sauf pour moi ! Je lis dans les pensées alors que je ne devrais pas, je vois des histoires que je ne devrais pas voir ! Il m’arrive même de deviner le caractère général d’une personne rien qu’en regardant une photo. Imagine, je pourrai aider une victime qui en état de choc ne se souvient plus de son agression ! Je verrai son histoire, et donc son agresseur !

- tu pourrais aussi bien devenir psychologue et fonder de nouvelles théories, affiner celles de Freud et des autres, voir tout comprendre d’ailleurs et nous aider à nous comprendre en nous expliquant comment nous fonctionnons ! Renchérit sa sœur, emportée elle aussi par son enthousiasme.

- Moui…. Ça me demanderait beaucoup de plus de travail ça… certes je serai obligé de faire des études de psycho, mais de là à devenir savant… non, je crois que profiler suffira à mes ambitions.

Sa sœur éclata de rire : il était si simple en fin de compte !

Et c’est ce qu’il fit. Il entra dans la police, puis peu à peu fit ses preuves, doucement, pour ne pas choquer ses partenaires. Il savait par expérience que les gens croient difficilement au surnaturel, même s’ils en sont attirés. Alors il préféra utiliser la méthode empirique et apporter les preuves cartes sur table. Il commença par confondre les témoins lors d’interrogatoires, ce qui stupéfia sa hiérarchie qui lui trouva vite la place qu’il méritait.

 

 

 

 

 

Néanmoins, prenons le temps d’imaginer si David n’avait pas été ce gentil petit garçon de 10 ans épaulé avec bienveillance par une grande sœur. Et même s’il fut doté au départ d’un bon caractère, imaginons qu’il fut marqué par la vie et que, par exemple, ses parents et sa sœur meurent dans un accident de voiture par la faute d’un chauffard ivre ou drogué. L’histoire prend vite une autre allure, beaucoup plus terrifiante. La puissance que possède David sera utilisée à ses fins personnelles, assoiffé de vengeance. Fou de douleur, il partira à la recherche de tous les chauffards, de tous les ivrognes, de tous les drogués et deviendrait bien pire qu’eux en les assassinant. Il ne serait jamais pris, car mut d’une mission qu’il jugerait sacrée, sa vigilance l’aiderait à échapper aux forces de polices, à déjouer leurs tours, à deviner les policiers en civil. Serait-ce si mal d’ailleurs ? Est-ce une affaire de moral ? Cela revient à réfléchir sur la peine de mort.

Il pourrait devenir aussi manipulateur que l’était Hitler et, satisfaisant l’ego de chacun, se faire aimer de tous afin d’assouvir sa propre soif de pouvoir, comme l’avait évoqué sa sœur très tôt. « Oui c’est vrai, soeurette, se dirait-il en évoquant ce souvenir. Cependant la vie n’est-elle pas un combat, le monde tel qu’il est devenu n’exige-t-il pas de nous le meilleur ? N’est-ce pas le plus fort qui est adulé, comme chez les animaux, comme dans les temps anciens où seuls les plus malins survivaient ? ». Ne sommes nous pas revenus en arrière, telle est la question que pose ce David ci.

 

Enfin et surtout, il pourrait devenir fou. Vous vous imaginez s’il n’avait pas réussi à contrôler son pouvoir, sa puissance d’intrusion dans les esprits de chacun ? A chaque fois qu’il poserait son regard sur une personne comme nous le faisons des dizaines de fois par jour, il entrerait en elles et vivrait milles vies. Il y a de quoi devenir dingue ! Il parlerait gentiment à un ami et soudain il l’entendrait penser : « quel haleine il a ce type, comment s’en débarrasser ? », ou encore « je me taperai bien sa femme … il est si bizarre, qu’est-ce qu’elle fout avec un type pareil ? ». Et comme tout le monde est à peu près obsédé par le sexe (mais si, mais si…), il vivrait milles copulations, de quoi vomir mille fois sur son voisins, comme toujours… ou avoir envie de toutes les femmes qu’il rencontrerait et qui lui donnerait envie. Sa vie en réalité ne lui appartiendrait plus, car il possèderait toutes les autres. N’est pas schizophrène qui veut… Et s’il se faisait horreur à violer ainsi l’intimité de chacun ? Quelle solution autre que de s’enfuir dans un endroit désertique et vivre en autarcie ? Si jamais il en a le temps avant de devenir fou d’entendre sans cesse toutes ces voies et de vivre toutes ses vies par procuration sans jamais parvenir à construire la sienne…

La puissance rend-elle nécessairement heureux ?

 

La dernière opération

LA DERNIERE OPERATION

 

 

« Je les avais prévenu ! Nous les avions prévenus. Mais non, quand un grand ponte se prend réellement pour un grand ponte, autant parler à un mur !!

Résultat : 1 mort, non pas à Colombey-les-deux-églises, mais à l’hôpital de la Sainte Grâce de Dieu à Paris. Un endroit d’où l’on sort majoritairement vivant. Enfin, je crois…

Je suis en colère. Mon mari se faisait opérer régulièrement de l’œil droit suite à un décollement de la rétine. Opération banale ; sauf pour un cardiaque. La première opération ne suffisant pas, étant donné que l’anesthésie locale minimale requise alors ne permis pas de la mener à son terme, il y en eut une deuxième. Qui donna le même résultat, à croire que les pontes une fois nommés ne se préoccupent plus d’en apprendre davantage sur le corps humain, malade.

A la troisième opération, mon mari « bénéficia » d’une anesthésie générale, et dans le bloc opératoire l’accompagnaient deux anesthésistes et un cardiologue en plus de l’ophtalmologue, car ces trois là ne s’entendaient pas sur la marche à suivre… bon, vous voyez l’ambiance. Ça devait causer ferme durant l’opération, destinée à enlever le surplus de silicone car il avait été découvert lors de la première opération une déchirure en bas de l’œil. Cette opération dura 4 heures. Au bout de 5 heures, mon mari se réveilla… pour constater que son cœur le serrait et le temps de voir le moniteur de l’électrocardiogramme devenir plat. Branle bas de combat dans la salle de réanimation pendant que le pauvre homme, QUI LES AVAIT PREVENUS, perdit connaissance durant les 10 secondes que dura l’arrêt de son cœur.

Enfin bref, il se réveilla, mais ce que je ne compris pas fut qu’ils le laissent revenir à la maison dès le lendemain ! Il avait un rendez vous post opératoire la semaine suivante et durant tout ce temps, une dizaine de jours, je le vis souffrir le martyre au point qu’il prit des cachets pour dormir en plus des antidouleur que nous achetions de notre poche à la pharmacie (ils ne lui avaient été même pas prescrits !). Mon mari est d’ordinaire un être jovial, toujours prêt à la plaisanterie, aimant la vie…et par conséquent insomniaque. Le voir dormir, se lever péniblement de temps à autre, se recoucher en me demandant pardon, me désolait. Je maudis l’hôpital et ses charcutiers. Je lui proposai bien d’appeler les pompiers pour le ramener afin qu’il puisse prendre de la morphine par intraveineuse mais avec le temps il avait pris en grippe ses médicaments et préféra attendre. Il est vrai qu’entre ceux pour son cœur et les gouttes pour les yeux, il devait bien en prendre une bonne quinzaine par jour. Il fut tout de même content le jour où il repartit et moi soulagée.

Nous ne le fûmes pas longtemps.

Il dut rester en observation : il avait trop de tension dans l’œil et le grand ponte ignorait pourquoi. Il n’avait pas pris d’affaires de toilette et resta trois jours sans brosse à dents ni savon. Eh oui ! Les hôpitaux modernes sont des entreprises où il faut faire des économies de nos jours. Après on s’étonne qu’il y ait toujours des maladies nosocomiales… Comme je ne pouvais me déplacer, je demandai à un ami de lui apporter ses effets, en plus du chargeur pour son téléphone portable (on a beau être vieux, on reste dans l’air du temps). Mais le soir, impossible de le joindre ! Alors j’appelais notre ami qui m’apprit que mon mari était parti en salle d’opération lorsqu’il était arrivé dans sa chambre pour lui donner son sac. Les infirmières lui affirmèrent que ce n’était qu’une banale opération… les cyniques ! Savent-elles à quel point elles le sont ? Il attendit une demie heure puis repartit. Je le remerciai tout en essayant de ne pas montrer mon affolement. Il dut le sentir quand même car il me demanda de lui donner des nouvelles dès que j’en aurai.

J’appelai toute la fin d’après midi et le soir. Toujours, le répondeur qui, se mettant en marche avant la tonalité, m’indiquait que mon mari n’avait pas rechargé sa batterie. Donc soit il était en salle de réanimation, soit il pionçait. Je tentai alors de joindre le service d’ophtalmologie, en vain. Autant vous dire que la nuit fut longue. Cela faisait trop de jours que nous étions séparés, je n’en pouvais plus. Et lui non plus, d’après le dernier appel où je pus le joindre. Nous deux, c’est comme deux doigts de la main, inséparables, agissant de concert, indispensables l‘un pour l‘autre, etc. Le jour où il fit sa première attaque cardiaque, j’étais à ses cotés et j’ai pu monter dans le camion des pompiers. Je n’ai lâché sa main que pour lui permettre d’entrer dans le bloc opératoire. Et encore, j’ai même osé le ridicule en demandant si je pouvais y entrer ! Nous sommes si semblables qui lui prétend que nous sommes des clones. J’ai fait faire des tests génétiques afin de savoir si nous étions au moins un frère et une sœur, peut être séparés à la naissance, ça s’est déjà vu ! Mais non. On fut tellement étonnés qu’on a même failli croire en Dieu ! Enfin… on a bien profité de la vie, je peux vous le dire.

Car maintenant, vous le journaliste qui lisez cette lettre, nous sommes tous les deux morts. Pour les autres, j’ignore encore en écrivant ces lignes combien de pontes j’ai tué, vous le saurez avant moi qui écrit ces lignes durant cette ultime nuit.

Pourquoi ?

A cause de la dernière opération. Je savais que ce serait la dernière à la seconde même où notre ami m’annonça que mon mari avait été emmené au bloc, pour la quatrième fois. Mon sang ne fit qu’un tour, mais quel tour ! Une colère terrible m’envahit et ce fut durant cette nuit blanche que j’élaborai le plan de se qui allait suivre le lendemain. Car je savais déjà qu’on allait m’annoncer « la triste nouvelle », « nous avons fait ce que nous avons pu, nous pensions vraiment avoir pris toutes les précautions nécessaires…. » etc.

J’ai été infirmière moi aussi dans le temps et je sais combien les pontes se prennent pour Dieu avec le temps. C’est pour ça que je ne crois plus en Dieu. Dieu est multiple, c’est juste une idée que l’on s’approprie à sa convenance. Oh ! Je n’ai pas essayé de déniaiser ceux qui y croyaient, chacun trouve refuge où il peut. Moi j’ai vécu intensément avec mon homme. Lui parti, ma vie n’a plus de sens. Simplement, partir comme ça, sans rien faire, sans le venger, ce brave homme qui n’avait jamais fait de mal à qui que ce soit, je ne peux pas.

Voici donc ce que j’ai décidé de faire, mais peut-être que les circonstances auront été autres, il y a toujours des imprévus… j’espère être arrivée à mes fins et croyez moi, je ne le regrette pas ! On devrait même m’imiter, cela ferait moins de morts, les pontes rabaisseraient enfin leur estime d’eux-mêmes à leur juste mesure.

Demain matin donc, je recevrai le coup de fil. Celui de l’hypocrite désolation. Mais je serai prête. J’ai gardé quelques reliques du bon vieux temps où j’exerçais le plus beau métier du monde : infirmière. Elles, restent à leur niveau, celui de l’humilité, enfin de mon temps, c’était comme ça. La blouse ne m’allait plus, et puis maintenant elle est passée de mode. Je ne prendrai que ma mallette, avec du coton, de l’éther que l’on ne trouve plus en pharmacie, des aiguilles et seringues, des sels, enfin tout le tralala dont je ne savais précisément à quel moment je m’en servirai, ni pourquoi… à part l’éther. Tout ce que je sais c’est qui demander des comptes et lui faire payer, ce salaud ! Et les autres aussi, s’ils veulent bien se présenter, les cons, s’excuser auprès de la veuve, il parait que ça se fait : ils craignent tellement les procès ! Mais moi je n’aurai plus le temps d’en engager un, je n’irai pas par quatre chemins !!

Ce matin là, après le coup de fils, j’appellerai un taxi, ma dernière grosse dépense pour aller à Paris, la capitale de cet abominable hôpital. Je regarderai une dernière fois notre modeste appartement où nous fumes si heureux… enfin j’abrège. Je n’ai pas le cœur à m’épancher, je suis trop enragée. J’ai du mal à me retenir pour ne pas écrire des mots grossiers, je vous assure !

Une heure après, le taxi me déposera devant le bâtiment des souffrances, je lui laisserai un bon pourboire, il sourira et se dira : « une bien brave mémé comme on en voit plus ! ». S’il savait… quoique, il doit le savoir maintenant s’il écoute la radio. Il a même du témoigner : « une bien brave dame, charmante et tout, qui aurait pensé… » quoi ? Que Miss Marple commettrait des crimes au lieu de les résoudre ? Les temps changent, j’ai assez vécu pour le savoir. « c’est incroyable !…. Même les vieilles assassinent maintenant ! ». Et alors, bouffon, c’est pas cynique de faire opérer un cardiaque pour la quatrième fois juste pour un œil ? Risquer la vie d’un homme juste pour un œil, c’est pas criminel ???

J’espère, monsieur le journaliste, que vous mesurez l’ampleur de ma haine et des conséquences qui s’ensuivront.

J’aurai rendez vous avec le ponte mais avant cela il me faudra reconnaître le corps. Je ne manquerai pas de l’embrasser et de lui murmurer : « à tout à l’heure mon cœur… ». C’est comme ça que je l’appelais, pour lui signifier que son cœur était pour moi l’objet de ma plus grande préoccupation et aussi que c’était grâce à lui que nous vivions chaque jour de manière intense. Puis je me rendrai dans le bureau du ponte, car c’est à moi de me déplacer avec ça ! L’ultime humiliation ! Enfin, pas grave, elle ne durera pas longtemps, j’aurai ma revanche. Et je vais vous dire comment, après vous écrirez dans votre canard ce qui s’est réellement passé car il y aura certainement un imprévu, je ne suis pas un assassin professionnel. D’abord j’irai dans les toilettes et je préparerai le nécessaire, à savoir le coton imbibé d’éther. Pour ne pas éveiller les soupçons, je l’enfermerai dans la mallette. Je me rendrai dans le bureau, le ponte à ma vue se lèvera d’un air contrit (le pauvre malheureux….va falloir que je le console en plus ?), nous nous serrerons la main (le baiser de Judas, ça vous dit quelque chose ?), il m’invitera à m’asseoir en face de lui pour me raconter ce qui s’est passé, mais moi avec mon éther qui commence à sortir de la mallette, je n’aurai pas le temps d’entendre son histoire, je l’interromprai en lui disant : « oh ! Ne vous en faites pas jeune homme ! J’ai été infirmière moi aussi et je sais que nulle opération, aussi banale soit-elle, n’est jamais sans risque ! ». Lui, le con, sera soulagé, je le prendrai par les sentiments pour lui faire accepter la suite : « d’ailleurs je suis venue vous léguer mes anciens outils de travail pour enrichir votre musée des horreurs (là je rirai d’un air entendu). Je vous ai apporté ma mallette de travail, vous voulez la voir ? ». Naturellement il n’osera pas refuser, ni même que je me rapproche tout près de lui. J’ouvrirai la mallette, je saisirai le gros morceau de coton que je lui collerai de toutes mes dernières forces, les plus rageuses, les plus dangereuses, les plus efficaces, sur le nez. Malgré sa jeunesse et grâce à l’effet de surprise, il ne réagira pas et s’endormira très vite. Alors je fermerai son bureau à clef et là…. Hum…. La meilleure partie de l’histoire commence. Elle sera brève, mais on en parlera encore dans cinquante ans !

Je décrocherai le téléphone de façon à ce que l’on croit qu’il est en discussion. Je l’attacherai fermement avec tous mes vieux sparadraps devenus si collants avec le temps. Ah ! mais c’est que dans le temps, on faisait de la qualité, pas du profit : les sparadraps collaient ! Au cas où, je rajouterai ceux que je trouverai si monsieur dispose d’une pharmacie personnelle. Puis j’étalerai ma mallette sur son bureau, et je sortirai mes outils. Ah c’est vrai ! J’ai oublié de vous décrire qu’elle contient également quelques objets délicieux genre scalpels, pinces, bocaux d’alcool, ciseaux, pansements… Bon, je suis prête, j’ai attaché les mains de gugusse derrière sa chaise et les ai reliées à son cou, pour pas qu’il bouge, vous voyez ? C’est plus prudent. Je le bâillonnerai également. Car je vais le réveiller, il va se débattre et je ferai en sorte que chacun de ses mouvements l’étrangle de façon à ce que je n’ai pas à me défendre contre sa jeunesse. Je sortirai mes sels que je lui fourrerai sous le nez. Il se réveillera, assez pour prendre conscience de la gravité de sa situation. Ensuite, eh ben faudra quand même aller assez vite car un ponte, c’est comme un président : ce n’est jamais seul longtemps. Je vais lui expliquer très succinctement ce qui va se passer…retenez votre souffle… vous êtes prêt ? Je vais l’énucléer ! Et sans anesthésie ! Comme ça il comprendra ce que c’est que de faire souffrir les gens « pour leur bien » ; il mourra de deux façons : par hémorragie, car en tant qu’ancienne infirmière je ne sais pas recoudre les vaisseaux sanguins, et par arrêt cardiaque. Na !

Et pour sortir ? Que nenni ! Pourquoi faire ? Et comment ? On me repairera vite, je ne cours plus depuis longtemps et je n’ai pas envie de finir mes jours dans un hôpital psychiatrique. Mon mari est mort, l’être que j’aimais le plus au monde. Je n’ai aucune raison de continuer la mienne. Je trouverai bien une drogue quelconque pour que mon esprit divague légèrement et je me couperai la gorge. C’est radical.

Voila je suis prête. Le petit matin s’est levé. J’ai vérifié une dernière fois ma mallette, il y avait si longtemps que je ne l’avais pas ouverte ! Ça m’a rappelée tant de souvenir que je suis restée un quart d’heure à la contempler. Comme vous l’écrirez sans doute « elle qui avait passé sa vie à en sauver, elle la termina par en tuer une… ». Bon, je ne vais pas vous bâcler votre travail. J’ai fait ma toilette, mis ma plus jolie robe ; elle sera tellement tâchée de sang que l’on ne me reconnaîtra pas tout de suite ! Je vais prendre mon taxi, je posterai cette lettre à Paris pour qu’elle arrive de suite dans votre boite. Peut être que j’irai boire un café avec une dernière viennoiserie, ma petite gâterie (eh ! Pour une condamnée qui ne fume pas !).

Je n’ai pas de conclusion à apporter, si de raison à donner à mon geste, sauf peut être celle d’un immense ras le bol de la vie et de tous ceux qui se croient supérieurs aux autres, alors que j’ai trouvé déjà enfant la sagesse chez les plus humbles personnes. Mais ce temps là est révolu.

Adieu. »

 

Ce drame parut dans le journal « Le Parigot » et tous les journaux télévisés, dont celui de France Bonsoir qui fournit plus de détails sur ce qui se passa réellement. La vieille dame a bien failli mener à terme son sinistre projet. Seulement, son éther était si vieux qu’il n’endormit pas le professeur assez longtemps pour lui permettre de le ligoter complètement. En plus de cela, il s’averra qu’elle ne disposait pas assez de sparadraps, certes très collant, mais avec lequel elle ne put attacher que les pieds et les mains de sa victime. Pendant ce temps là, le chirurgien s’était déjà réveillé et commença à hurler. Alors elle lui bourra la bouche avec des journaux , mais il bougea tant et si bien qu’au lieu de lui enlever son œil droit comme prévu, elle ne put que le balafrer tout autour. Ses gestes avaient perdus de leur précision et le bougre gigotait trop. De plus, il finit par tomber en arrière et briser une vitrine, ce qui rajouta au vacarme.

Alors, de rage et de guerre lasse, elle avala toute une boite de lexatomil (un puissant relaxant) pendant que quelqu‘un défonçait la porte. Lorsque celle-ci fut enfin ouverte, la horde d’infirmiers et de docteurs tenta de maîtriser la vielle femme dont le visage exprimait la plus profonde horreur et un zeste de « dégoût », nous confia par la suite une infirmière. La mamie eut juste le temps de dire : « tant pis, j’aurais essayé » avant de se trancher l’aorte. Elle y alla de main si forte que son sang gicla à flot ; elle ne put être sauvée.

Quand au « ponte », comme elle l’avait nommé, il s’en tira avec quelques points de suture et une opération esthétique. Puis il prit un an de congé. Il n’a pas souhaité s’exprimer. Nous ignorons s’il reprendra sa noble activité…

 

L'indifférence

L’INDIFFERENCE

 

 

Autant vous annoncer la couleur tout de suite : je suis morte. Je ne vous parle qu’à travers l’écriture d’un romancier qui a choisi de vous raconter mon histoire, assez banale pourtant…. Enfin bon, peut être vit-il la même histoire et cherche-t-il à se sauver en tentant de comprendre ce qui lui arrive avant d’en arriver à son extrémité logique qui est naturellement le suicide ?

Autant qu’il sache tout de suite qu’il n’y parviendra pas : nous ne sommes pas libres de notre vie, c’est notre vie qui choisit pour nous.

Pour nous deux, et plus pour moi qui en ait terminé, elle choisit de nous entourer de personnes indifférentes, malgré tout ce que nous ayons mis en œuvre pour nous démarquer du genre commun. Seulement voilà, doués ou pas doués, nous sommes restés dans le milieu très courant du commun des mortels, car ayant peu confiance en nous, nous n’avons pas souhaité grimper trop de marches glorieuses. Ainsi nous sommes restés obstinément différents dans un milieu de gens depuis longtemps aveugles.

En ce qui me concerne, j’étais artiste peintre. Davantage artiste que peintre. J’étais une autodidacte car lorsque j’ai eu envie de prendre des pinceaux, déjà je ne me sentais incapable d’entrer aux Beaux-Arts. J’appris pourtant vite, au bout de deux ans je portraiturais à la perfection si je m’en donnais la peine et le temps. Puis je voulu me démarquer et acquérir un style personnel, mais bien entendu, comme l’art ne nourrit pas son homme et encore moins la femme, je dus exercer parallèlement un métier alimentaire. Je progressais donc assez lentement et j’eus le temps de fonder une famille. Quelle idée saugrenue ! Je m’aperçus vite de mon erreur et je compris pourquoi les artistes se reproduisent peu, du moins les plus malins d’entre eux : les enfants sont un frein à la création. Pourtant lorsque les miens sont nés, je crus devoir me dépasser pour qu’ils soient fièrs de leur maman plus tard ! Et il est vrai que durant ces quelques années, je fis des progrès remarquables et remarqués. Mais je vendais très peu, puisque je n’avais pas le temps de démarcher pour exposer : je travaillais le jour, j’étais femme au foyer le matin et le soir, je peignais la nuit, je dormais peu. Les week-ends, c’était courses-ménage-repassage-activités enfantines. Je m’épuisais vite, je cherchais de l’aide. Au fil du temps, l’amour que j’éprouvais pour mon mari se chargea d’agacement car lui au contraire se laissait vivre. Quand je l’ai connu, il était attentionné, il bricolait beaucoup, il a construit notre nid, c’est vrai, il jouait même de la guitare. Puis il s’est mis à regarder la télé, sans arrêt, même la nuit.

A mon travail j’acquis l’autorisation de décorer les lieux avec mes toiles et mes aquarelles et souvent l’on me félicitait. C’était des « olala, je serais bien incapable d’en faire autant ! Tu as appris toute seule ? Pas possible… ». Quelques uns sont même allés plus loin en me promettant de me mettre en contact avec une connaissance de leurs connaissances qui baignait dans le milieu artistique « comme ça tu auras des tuyaux pour te lancer et vendre ! ». Tu parles ! Tous ont quittés leur poste sans tenir leur parole. Moi au début je les relançais : « au fait, tu as pensé à parler à untel ?… » et l’on me répondait « ah mince ! J’ai oublié ! Désolé, je le fais dans les prochains jours ». Au bout de la troisième proposition, je lançais un vague « oui, si tu veux… ». En fait tout le monde s’en foutait. Je parvenais même à les comprendre : le sens de l’art n’est pas aisément accessible, même les grands pontes se perdent en d’innombrables interprétations.

Très vite à la maison, mon cher mari commença à grogner lorsque j’achetais des toiles vierges. Il est vrai qu’à raison d’une toile par semaine, je dépensais 700 francs par mois, ce qui était beaucoup car nous ne gagnions pas de gros salaires. Oui, vous avez deviné : je me suis supprimée avant l’apparition de l’Euro. Il ne me semble pas avoir raté grand-chose, excusez moi… Alors pour tranquilliser monsieur, je me mis à l’aquarelle, puisque le papier est moins cher qu’une toile et je peignis des centaines d’œuvres, je me remis aussi au dessin. Afin de me faire connaître, je téléchargeais le tout dans des sites sur Internet et je reçus des tas d’applaudissements virtuels… mais aucune offre d’achat. Des gens me proposèrent de m’aider encore en me diffusant dans leurs sites personnels, je fis des rencontres intéressantes il est vrai, mais qui ne me permirent pas de quitter mon travail pour peindre à plein temps. Mon mari ne me demandait même plus ce que j’avais fait la nuit, ni d’accrocher quoique ce soit aux murs, comme ce fut le cas au début de notre relation.

Il continuait à regarder la télé.

Quand aux enfants, je leur offrit des toiles avec leurs thèmes préférés : les araignées pour l’un, les dauphins pour l’autre, la musique pour le troisième. Or ils étaient turbulents, et bientôt ils s’amusèrent avec, les décrochèrent, et j’eus peur qu’ils ne les percent. Alors je les retirai.

Au bout de cinq années, je retrouvai assez d’énergie pour participer à une exposition appelée « le Noël des artistes » avec d’autres personnes. Comme d’habitude, je fus louée. Mais je ne vendis rien.

C’est là que je pris conscience que j’étais maudite. Mais qu’importe ? L’important n’est-il pas de créer ? Il se peut que pour certains artistes, créer suffise. Cependant je m’aperçus que je n’en faisais pas partie. J’avais besoin de reconnaissance, je croyais faire avancer la peinture, cette noble activité, intellectuelle et manuelle, action rebelle et douce à la fois. C’est vrai quoi ! Ma peinture est colorée, elle est gaie, j’y rajoutais même des paillettes pour que ça brille comme à Noël, ma fête préférée. Dans les temps difficiles où nous vivions (l’inflation grandissait, le chômage aussi, les usines foutaient le camps dans les pays de l’Est ou au Maghreb, la violence urbaine et même rurale grandissait), je pensais apporter ma petite contribution vers l’appel du bonheur, en offrant de jolies choses à voir… Sans retour, autres que ceux de mes amis, complètement coupée du monde artistique, je recommençais à stagner. Et je ne voyais pas comment la situation allait s’améliorer car les enfants grandissant, ils avaient de plus en plus besoin de moi, moi qui m’épuisais, moi qui n’en pus plus, moi qui étouffa tout d’un coup en déclenchant une crise de spasmophilie. Je fus transportée aux urgences, rien d’anormal ne fut déceler physiologiquement, alors on me mit sous antidépresseurs et anxiolytiques et je perdis mon énergie.

Je ne peignais plus mais je réfléchis sur le sens de la vie, de la mienne en l’occurrence. J’avais cru que la famille aller m’en fournir un, mais c’est elle qui m’enleva tout espoir. Elle m’en demandait trop, et j’étais bien plus faible que je ne le supposais. Après avoir réfléchis sur le sens de ma vie et vis qu’elle n’en avait plus, je pensais à celui de la mort. J’avais peur d’elle, normal pour une angoissée ! Je me dis alors qu’il me fallait travailler sur la peur, ne plus avoir peur, tu entends le romancier ? Quand tu n’as plus peur, tu es capable de tout ! Pourquoi racontes-tu mon histoire ? Que cherches-tu ?

 

 

Ce que je cherche ?…. Comment vaincre la peur de la mort, oui, c’est ça que je cherche… comment avez-vous fait pour que tout prenne fin ? Annihiler l’angoisse de l’ultime expérience, inévitable mais que l’on peur retarder ? C’est facile quand on est malade, quand on souffre… Mais au fait : moi aussi je souffre ! Moi aussi je n’en peux plus ! Ce n’est pas que je ne vende pas, la cause en est différente. Moi, il me semble que mon travail ne cessera jamais, je souffre d’insatisfaction perpétuelle. Après un livre, et même avant qu’il soit fini, un autre me vient en tête, sans cesse, mon esprit est peuplé de mots, de personnages, de problèmes à résoudre, des problèmes virtuels, qui n’existaient pas avant que je les invente ! C’est insensé tout de même ! Et ça n’arrête pas, aucun livre ne m’apaise, les mots sont devenus des maux, j’ai mal à la tête, mal à l’âme, je suis possédé par mon œuvre !! C’est elle qui me contrôle dorénavant, la vie a pris le dessus sur mes décisions, je suis devenu un robot de l’écriture ! Mon dieu !! J’espère au moins qu’il y en a un….

 

On me dit : « mais de quoi vous plaignez vous ? Vous êtes riche, célèbre ! » . On ne m’écoute pas, moi qui ait passer ma vie à écouter les autres afin de bâtir des histoires. On m’ignore, on ignore ma peine, moi qui me suis préoccupé de celles des autres afin de les comprendre. « La création, quel don ! Me dit-on encore. Elle vous donne une vie à part, elle vous a offert la liberté ! ». Justement non. Au départ, effectivement je l’ai cru aussi, mais la création me rend fou à présent. Elle ne me lâche plus, j’en suis devenu le prisonnier éternel et son esclave.

Pourquoi avoir peur ? Comment ne plus avoir peur ? Dites le moi…s’il vous plait, je vous en prie, je vous supplie…

 

 

Comme nous étions de grands insomniaques, nous avons pris des somnifères. Comme nous étions aussi de grands angoissés, nous y avons rajouté les anxiolytiques. Et comme nous étions de grands solitaires, personne ne s’est inquiété que nous nous enfermions à clef dans notre chambre pour nous endormir, en fin d’après midi. A l’heure du dîner on nous appela, mais nous n’étions plus là. Nous avions achevé notre plus grande œuvre, celle de vaincre la peur de la mort.

Voilà où nous a mené l’indifférence.

 

De son sang elle s'abreuvait.

DE SON SANG ELLE S’ABREUVAIT

 

 

Ah non ! Ne vous imaginez pas que je vais vous raconter une banale histoire de vampire ! Trop simple, trop familier, plus assez sanglant de nos jours…

Il s’agit simplement de l’histoire d’une élève infirmière qui a mal tournée. Eh oui, des fois ça arrive… Cette jeune fille, nommons là Cathy, avait toujours rêvé d’être infirmière, conséquences sans doute des nombreuses hospitalisations qu’elle avait subi dans son enfance pour des problèmes de yeux. Aujourd’hui sa vue était sauvée, mais elle en gardait des cicatrices à l’âme et se souvenait de toutes celles qui s’étaient occupées d’elle alors qu’elle était alitée, supportant la douleur avec toute la patience et l’abnégation qu’un enfant peut supporter. Parce qu’il est petit, impuissant, parce que ce n’est jamais lui qui décide et que son corps ne lui appartient pas, il se doit d’accepter cette souffrance qui lui est donnée en prime. Sans rien dire. Ces parents, pensant bien faire, lui interdisait de pleurer et de se plaindre. « C’est Dieu qui l’a voulu ainsi, ma chérie, nous ne savons pas pourquoi, sans doute une épreuve pour t’apprendre quelque chose qui te servira plus tard. » Les voix de Dieu sont impénétrables, même les athées connaissent cette litanie. Elle se souvenait des bonnes infirmières, toujours souriantes et dévouées, mais aussi des autres, des monstres incarnés qu’elle voyait par déformation, du double fait de ses opérations et de son imagination. Celles-là étaient toujours grosses, impressionnantes, même de loin, lorsqu’elles lui demandaient ce qu’elle voulait « encore », la porte a peine ouverte. Elle les voyait alors se rapprocher comme par un mécanisme cinématographique, tout en sachant qu’elles gardaient bonne distance, pressées de retourner vers leur tranquillité. Pourtant, elle finit par aimer l’atmosphère hospitalière, ses odeurs, ses codes. Elle y avait été si souvent que l’hôpital était devenu son deuxième domicile, du moins un lieu évident où passer ses jours et ses nuits.

Puis vint le temps de la guérison définitive. C’est plus rare, mais ça arrive aussi. Au plus grand soulagement de ses parents. Quant à Cathy, elle ressentit un vide dans son cœur qui finit par se serrer au point qu’elle en pleurait souvent. Ces parents ne la comprirent pas, n’était-elle pas débarrassée de soins contraignants ? N’avait-elle pas échappé à un handicap effrayant ? Et de manière miraculeuse ? Car après tout, si les médecins avaient été compétents, c’est que Dieu les avait divinement guidé ! Cathy, adolescente, les prit pour des fous. Elle s’échappa d’eux et de sa propre dépression en s’inscrivant à des cours de sculpture. Ses parents l’encouragèrent car c’était pour eux le signe d’un remerciement qu’elle envoyait à Dieu. Elle s’en tapait, elle était ailleurs. Elle travaillait si bien à ses études en vue de décrocher le baccalauréat puis le concours d’infirmières que ses vieux fous lui fichaient la paix tout le week-end en lui permettant de rejoindre l’atelier à la bordure de la ville, dans le calme de la campagne. Ils s’occupaient du petit garçon né peu de temps après sa guérison et qui, lui, ne présentait aucune anormalité. Ils en étaient soulagés, fiers même et ne voyaient pas à quel point ils gênaient leur entourage en parlant de lui tout en le comparant à Cathy « qui leur avait posé tant de problèmes ». Ce n’était que maladresse, elle le savait, mais elle sentait avec dégoût la pitié qu’elle générait alors que sa seule souffrance était justement de ne plus souffrir, de ne plus être le centre de soins, d’attention, de ne plus se promener dans les couloirs si propres qu’ils brillaient jour et nuit comme un soleil blanc mainte fois multiplié au fil des mètres parcourus, de faire connaissances avec d’autres malades, de discuter médecine et pathologies en tous genres avec les infirmières qui préféraient se passer de café pour prendre du temps avec cette jeune fille intellectuellement si éveillée. Certaines lui permettaient même d’aller dans les autres étages afin qu’elle rende visite à d’autres blessés de la vie, avec leur accord bien entendu, en tant que future infirmière. Tous la félicitaient de s’accrocher et de vouloir faire de son prétendu malheur un bien, une vocation, un sacerdoce.

Tout cela lui manquait désormais. Alors elle travailla dur, tant à ses études qu’à son échappatoire, la sculpture. Cet acharnement contribua sans doute à amplifier sa dépression nerveuse car elle eut de plus en plus de mal à se concentrer et ne trouva bientôt la paix que dans son art. Celui-ci se développa de manière telle que le propriétaire de l’atelier lui permit de participer à l’une de ses expositions. On lui proposa même d’acheter ses œuvres, mais elle refusa. Ce n’était pas grave, il était peut être trop tôt pour elle, c’était d’ailleurs encourageant ! Elle le ressentait également ainsi et connu là un brève mais intense satisfaction.

Il lui arrivait assez souvent de se blesser lorsqu’elle sculptait et ce n’était pas rare chez les débutants. Son étonnement fut de trouver cela agréable. Le fait de ne rien sentir sur le coup, puis la souffrance parfois vive selon la profondeur de la blessure, la concentration qu’elle mit à vivre cet évènement jusqu’à l’atténuation de la douleur qui devient picotement, et aussi que son sang se mêla à la pierre et lui donne une couleur inattendue dans des endroits au hasard. Elle ne chercha jamais à l’enlever, il lui sembla naturel que ce sang resta sur la sculpture, à l’intérieur de ses pores, il témoignait de son effort, il en était la preuve, le garant. Et puis il changeait de couleur, comme la pierre changeait de forme. Elle s’aperçut de plus que souffrir physiquement lui calmait les nerfs, comme si ça remettait ses idées en place et relativisait sa souffrance morale. Elle se sentait plus gaie les lendemains, plus énergique.

Mais plus elle sculptait, plus elle progressait en adresse. Elle se blessa donc de moins en moins. Alors elle eut l’idée de signer des œuvres avec une ou plusieurs goûtes de son sang, en se taillant un doigt à l’ultime fin de son travail. Son maître trouva l’idée assez saugrenue, voir horripilante, mais il avait déjà rencontré des cas semblables, surtout chez les génies, qui sont toujours un peu fous. Et Cathy, d’après lui, faisait partie de cette élite particulière. Au début, ce ne fut pas simple car il y a une différence entre se faire du mal par un geste maladroit et se blesser volontairement. Elle prit son temps, ferma les yeux et respira un bon bol d’air au début, puis s’aperçut enfin qu’une petite entaille ne faisait pas plus mal qu’une piqûre et elle apprit à relativiser également la douleur physique.

Enfin vint les épreuves tant attendues : le concours d’infirmières, en deux temps, l’écrit et l’oral, puis le baccalauréat. Elle était tellement à bout qu’elle dût repêcher celui-ci de 30 points grâce au rattrapage oral qui eut lieu trois jours après; trois jours durant lesquels elle se remit à l’étude jusqu’à épuisement. Mais elle rattrapa 40 points et comme elle avait réussi le concours et que celui-ci n’exigeait aucune mention au bac, elle put entrer dès septembre à l’école.

Et c’est là que tout se gâta. Comme elle avait eut le bac au rattrapage, elle fut affectée dans une école assez loin du domicile familial, ce qui l’obligeait à rester seule des semaines durant, ses parents n’ayant pas les moyens de lui payer de fréquents aller et retour en train. Ils lui donnaient tout juste de quoi survivre et elle piochait souvent dans ses économies pour compléter le porte feuille, ce qui fut possible durant un an car elle avait toujours travaillé durant les deux mois des vacances d’été. De plus elle eut du mal à se faire des amis, du fait de sa singularité : elle était rêveuse, la sculpture lui manquait, les études lui prenaient tout son temps. Elle se mit à douter de tout : d’elle-même, de sa véritable vocation. Au cours de ses premiers stages, elle s’aperçut que le métier d’infirmière était devenu beaucoup plus technique qu’autrefois. Les infirmières étaient d’ailleurs souvent appelées des « techniciennes de soins », elles n’étaient auprès de leurs patients que pour leur prodiguer des soins douloureux et n’avaient pas le temps de papoter avec eux. Impossible de créer un lien véritable, du moins dans le genre de celui qu’elle avait tissé enfant avec celles qu’elle avait connue. Elle aima de moins en moins entrer dans une chambre dans le seul but de faire souffrir une personne. Elle n’était pas sadique, seulement masochiste, se dit elle un jour et c‘était déjà bien suffisant ! Tout se mit à lui peser : le non sens de ses journées, des gestes qu’elle rebutait d’effectuer et qui lui étaient pourtant destinés puisqu’elle avait choisi de se former pour eux, sa solitude, le manque de culture car elle n’avait même plus le temps de lire. Sa dépression grandit d’un cran et elle n’avait personne à qui en parler : une infirmière se doit d’être forte et ne montrer ses sentiments, surtout face à la souffrance de l’autre. La sculpture lui avait apprit la liberté d‘être elle-même. Maintenant elle était entrée dans un système très hiérarchisé, surtout en première année d’étude où peu d’initiatives sont permises aux élèves. Elle se sentie de plus en plus prisonnière, comme si elle était entrer dans les ordres où à l’armée. D’ailleurs, beaucoup de ses camarades venaient de familles de militaires. Cela finit par l’effrayer. Sa sensibilité exacerbée par le manque de créativité finit par lui faire perdre le sens de la raison. Elle ne put se concentrer à l’étude, son esprit vagabondait sans cesse. Elle se força à se mettre à l’argile le dimanche. Mais bientôt, l’hiver arriva et travailler l’argile lui gelait les mains. Elle déprima de plus en plus tant et si fort que sa souffrance morale lui devint insupportable.

Alors elle se souvint de son remède particulier qu’elle s’était inventée l’année passée. Elle se mit à chiper du matériel médical, ce qu’on permettait de faire aux élèves pour qu’ils s’habituent à leur manipulation. La différence avec Cathy, c’est qu’elle « empruntait » du matériel destiné aux deuxièmes, voire aux troisièmes années : scalpels, cathéters, et bien sûr aiguilles de différents calibres et seringues. Très peu de pansements ni de gaz. Depuis longtemps elle savait faire des bandages avec dextérité et efficacité.

Rentrée chez elle le premier soir, elle fut effrayée par la vue des scalpels. Elle n’avait jamais vu d’objet aussi tranchant. Elle n’osa même pas les sortir de leur emballage. Il en fut de même pour les cathéters dont le diamètre lui faisait penser à des instruments de torture. Elle n’en était pas là ! se dit elle. Par contre, elle considéra les aiguilles avec plus d’attention, choisi celle qu’elle allait essayer, la visa à une seringue et se tata une veine du coude interne. Elle respira un grand coup et commença à la planter dans son bras. Elle alla si lentement, elle avait si peur qu’elle eut plus mal que la normalité. Néanmoins, elle avait atteint la veine avec succès, ce qui la soulagea pour un premier essais. En plus, une fois l’aiguille enfoncée, à moins de bouger, elle ne ressentait aucune douleur. Cependant celle-ci revint lorsqu’elle dut aspirer son sang avec la seringue. Elle se promit d’emprunter des tubes la prochaine fois, car ceux-ci étant sous vide, le sang les remplissaient sans aucun effort. Elle pensa ensuite à prendre des poches, car elle aima de plus en plus contempler ce si beau liquide, à la fois limpide et pleins de substances qui lui donnaient une certaine épaisseur, « l’épaisseur de la vie » imagina Cathy.

Le problème est que plus le temps passait, plus l’échec de ses études apparaissait aux yeux de Cathy et de ses professeurs. Elle n’en était pas étonnée, juste un peu attristée et elle demanda à ses professeurs d’attendre un peu avant d’en informer ses parents. Après tout, elle était majeure, elle voulait prendre son temps pour savoir si elle souhaitait redoubler, ce qui était possible une fois durant les 3 ans que duraient les études. Dans le cas contraire, elle devait réfléchir à ce qu’elle ferait de la suite de sa vie. Une de ses professeurs pensa la rassurer en lui disant : « Cathy, tu n’as que 19 ans, tu as toute la vie devant toi ! ». Mais Cathy se sentait vieille et incapable de revenir vivre auprès de vieux bigots. Ce métier était le seul qu’elle s’était imaginée exercée, elle se sentie vide sans lui, sans autre projet. Et elle ne voyait pas quel autre emploi pouvait s’en approcher et correspondre à ses attentes. D’ailleurs, elle se sentait tellement perdue qu’elle ne savait même plus quelles étaient ses attentes. Une carrière artistique ? Elle savait que ces parents s’y opposeraient ; s’ils avaient accepté ses cours de sculptures, c’était juste dans un cadre de loisirs. L’art n’était pas pour eux une manière de vivre, alors qu’il était devenu une manière d’être pour Cathy. Elle ne savait pas comment se défendre pour les convaincre de la laisser étudier dans une école de beaux arts. Désemparée, elle s’enfonça dans une folie de plus en plus solitaire. Une fois qu’il fut assuré qu’elle ne pourrait passer en seconde année, ni même tenter l’examen d’aide soignante, elle s’enferma dans son studio. Ces professeurs finirent par prévenir ces parents, c’était leur devoir. Mais comme elle n’avait pas le téléphone, elle ne se déplaça pas dans une cabine pour leur expliquer sa situation. Comment leur dire sa détresse et que leur dire au juste ? Elle ne possédait pas les mots qu’il aurait fallu et eux n’avaient pas les oreilles pour entendre son malheur. Cela faisait si longtemps qu’ils se mentaient les uns aux autres ! Ce n’était pourtant la faute de personne, elle avait simplement acquis, de part ses expériences, une personnalité bien indépendante de celles de ses parents. Elle les imaginait déjà très déçus par son échec, elle ne voulait pas leur causer plus de peine. Elle réfléchit donc des jours durant. Que savait elle faire ? Sculpter. Qu’aimait elle de la vie ? Rien d’autre que sculpter. Et le sang. Sa couleur, ses taches variantes sur ses œuvres. Elle se demanda quel goût il avait. Après tout, c’était le sien, elle le vénérait, il était sa vie.

Désormais, elle avait un cathéter planté en permanence à l’intérieur de son bras droit, fixé par un double sparadrap et nettoyé régulièrement à l’alcool. Elle l’avait laissait là le jour où elle constata avec surprise qu’elle s’était piquée à l’endroit exact du pouls, si fait que son sang sortait de lui-même par jets réguliers. Au début elle en était tombée dans les pommes mais c’était réveillé assez tôt pour éviter l’hémorragie. Elle avait du retirer le cathéter, à bout de force, et nettoyer ses draps tachés. Elle était libre de manquer les cours, même si le délégué de la classe s’était déplacé un jour chez elle pour l’inciter à continuer à fréquenter la classe. Elle l’avait remercié de sa sollicitude mais lui avait affirmée qu’elle était mieux seule pour réfléchir à son avenir.

Et en fait d’avenir, elle voyait de plus en plus clairement qu’elle n’en avait plus. Elle était si affaiblie qu’elle ne se voyait vivre en bohème le temps d’imposer son art naissant au public pour en vivre. Elle savait que cela prendrait des années. Elle savait aussi qu’elle n’avait presque plus de forces. Mieux valait laisser sa trace maintenant. Après il serait trop tard. Ses parents étaient venus la voir, avaient tenté de la raisonner de reprendre ses études ; ils avaient même été voir son professeur principal, suprême honte. Ils n’avaient rien compris car ils n’avaient rien écoutés. « je les ai déçus, se dit-elle, autant qu’ils se contentent du petit et que je les laisse en paix ». Elle les convainquit de lui laisser quelques semaines de réflexion et de rendre les clefs du studio à plus tard. Lorsqu’ils repartirent, le dos courbé, elle sentit un froid terrible l’envahir. On était pourtant en été.

Son esprit entra en ébullition : aurait-elle la force ? Elle regarda ses dernières argiles. Puis elle reprit un cathéter et le planta à l’endroit exact de la pulsation. Le sang se remit à gicler, elle en recueillit plusieurs flacons et referma l’aiguille. Elle prit un pot, y mit son sang, puis avec un pinceau en recouvrit ses argiles préalablement peintes en blancs laqués. Ainsi prirent-elles l’aspect de fragiles porcelaines. Tout ceci lui demanda beaucoup d’énergie. Elle perdit connaissance.

 

Lorsqu’elle se réveilla, elle jugea que ce qu’elle avait fait était bien. Le sang était répandu de manière irrégulière mais elle jugea qu’en tant qu’élément vivant, c’était à lui de choisir où se poser. Il avait été plus ou moins imbibé par l’argile, selon qu’elle fut sèche ou non. C’était également sa trace à elle, ce qu’elle léguait d’elle-même ; à qui ? Elle ne le savait pas mais qu’importe. Maintenant elle n’avait plus grand-chose à faire que d’attendre. Elle eut vite faim, mais n’ayant pas de force pour sortir ni assez d’argent, elle se contenta de goûter son sang. Après tout, son art l’avait goûté lui aussi et son art, c’était elle ! Cela n’avait rien de scandaleux, et puis d’ailleurs, au point où elle en était, elle s’en foutait. Il était bon, sucré, chaud. « Comme du chocolat, mais plus liquide » se dit-elle dans son délire. Elle but un flacon, puis un autre, puis encore un autre. À un moment elle eut la nausée et se mit à vomir juste à côté de son lit. Mais, enivrée par l’audace de son geste, elle recommença. « j’en ai 5 litres, ça va aller vite, je perdrai connaissance et lorsque l’on se préoccupera de mon absence, je dormirai depuis longtemps…. Peut être que mon sang se sera régénéré? ».

En vérité elle s’évanouit avant même de pouvoir arrêter le sang de pulser et ainsi son corps se vida. On ne s’aperçut pas de son absence, mais une tache de sang qui grossissait sur le plafond du voisin du dessous. Il alerta la police.

 
03 agosto

La classe en personne !

    Boy George dans ses débuts, et déjà quelle grande classe ! J'ai appris que le groupe allait se reformer. Je vois à travers lui une grande sensibilité, une énorme gentillesse, de la joie de vivre, la tolérance, et aussi beaucoup d'humour ! Culture Club fait parti de mon adolescence mais je ne connaissais pas cette chanson qui par la suite fut interprétée par d'autres chanteurs et chanteuses mais jamais aussi bien que ce grand artiste.
This is the European version of the video The Crying Game. The confusion of the identities and the magnificent interpretation and presence of Boy George makes it unforgettable. Of distant spot, far better that the North American version, that puts to the subject as a denunciation of the forgetfulness towards the underprivileged one in the world. The subject speaks in itself of the impossible love when it give account you of that you are in fact.

The Crying Game Lyrics
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I know all there is to know - about the crying game
I´ve had my share of the crying game

First there are kisses - than there are signs
and than before you know where you are - you´re saying goodby

One day soon I´m gonna tell the moon about the crying game
and if he knows maybe he´ll explain -why there are heartaches - why there are tears
Say what to do - to stop feeling blue - when love dissapear

First there are kisses - than there are signs
and than before you know where you are - you´re saying goodby

Don´t want no more - of this crying game
Don´t want no more - of this crying game
Don´t want no more - of this crying game
Don´t want no more - of this crying game
 
01 agosto

Cher-Music's no good without you

      The music's no good without you baby,
The music's no good at all.
The music's no good without you baby,
Come back to me.
The music's no good without you baby,
The music's no good at all.
The music's no good without you baby,
Come back to me.
(Come back)

Everyone was watching,
You were the freakiest thing on show.
(Dazzle)dazzle in the crystal ball,
They all loved to watch it glow.
You were the center of attention,
The eye of the storm.
A whirlwind from outer space,
Like a twister on the scene.

The music's no good without you baby,
The music's no good at all.
The music's no good without you baby,
Come back to me.
The music's no good without you baby,
The music's no good at all.
The music's no good without you baby,
Come back to me.
(Come back)

We mesmerize them when we dance,
Cause you sparkle next to me.
We slid along the razors edge,
But you were crazy to be free.
I'll agonize till you come back,
And we'll dance that close again.
(I miss you)I miss you boy, I really do.
Come back to me. Come back to me.

Cause my world stopped spinning,
Nothing I can do,
So I pray that a DJ lifts my heart.

The music's no good without you baby,
The music's no good at all.
The music's no good without you baby,
Come back to me. (come back to me)
The music's no good without you baby,
The music's no good at all.
The music's no good without you baby,
Come back to me.
(Come back to me)

The music's no good

The music's no good

The music's no good

Come back to me (come back)

(The music's no good)

But I know you don't need me anymore

(The music's no good)

And it's no good me dwelling in the past

(The music's no good)

And I have to live each day…

(Come back)

Like it was my last

 
 
 
 
 
 
 Cher : une artiste transformiste et perfectionniste, je l'admire énormément car elle va toujours plus loin dans sa musique, elle ne dort pas sur ses lauriers. Physiquement parlant, elle a su rester raisonnable et garder ses belles rondeurs.  On sent chez elle une grande timidité, une demande d'affection énorme, un respect pour son public, une âme fragile et forte à la fois. C'est aussi une grande actrice.
 
 

Massive Attack-Teardrop

   Teardrop : la musique du générique de la série Dr House que j'adore. Une série à mourir de rire, malgré les histoires douloureuses racontés. House fait le méchant, personne ne sait vraiment pourquoi et pourtant c'est un grand humaniste malgré lui. Il ne lache pas ses patients, va même jusqu'à les faire souffrir pour qu'ils avouent ce qu'ils n'ont pas osé dire aux médecins qui entourent le grand diagnostien. Hughes Laurie qui interpréte ce personnage décalé est un comédien anglais qui a du travailler l'accent américain et il fut récompensé par la reine d'Angleterre pour son interprétation.

Wonderful life

           Grâce à YouTube j'ai retrouvé cette chanson qui a bercé mon adolescence, des retrouvailles pleines de bonheur car l'émotion est restée intacte. Je ne sais pas s'il en sera de meme avec Chantal Goya, ma chanteuse préférée lorsque j'étais petite...Sourire
 
Here I go out to sea again
The sunshine fills my hair
And dreams hang in the air
Gulls in the sky and in my blue eye
You know it feels unfair
There's magic everywhere
Look at me standing
Here on my own again
Up straight in the sunshine

{Refrain:}
No need to laugh and cry
It's a wonderful, wonderful life
No need to run and hide
It's a wonderful, wonderful life

The sun's in your eyes, the heat is in your hair
They seem to hate you
because you're there
And I need a friend, oh I need a friend,
to make me happy
Not stand here on my own
Look at me standing
Here on my own again
Up straight in the sunshine

{au Refrain}

I need a friend, oh I need a friend
To make me happy, not so alone
Look at me here
Here on my own again
Up straight in the sunshine

{au Refrain}